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De l’aide à l’accompagnement alimentaire

Temps de lecture : 7 minutes

Date de publication : 03 août 2016 / Date de mise à jour : 20 décembre 2016

De l’aide à l’accompagnement alimentaire


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Suite à la synthèse du groupe de travail « Alimentation » de la Commission Lutte contre la pauvreté et l’exclusion de l’Uniopss (1), un manifeste « Dépasser l’aide alimentaire pour aller vers l’accompagnement par l’alimentation » a été publié. Pour les associations signataires, le défi, déjà engagé, est de faire évoluer les démarches uniquement distributives qui ne respectent pas pleinement la dignité des personnes subissant la pauvreté et qui ne visent pas le retour à l’autonomie. L’ambition est donc de partager avec l’ensemble des acteurs de l’aide alimentaire, une vision nouvelle de lutte contre l’insécurité alimentaire.

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Etat des lieux  de l’insécurité alimentaire en France

En 2012, le Conseil National de l’Alimentation (CNA) retenait  la notion « d’insécurité alimentaire » (IA) pour qualifier la situation des personnes qui « n’ont pas accès à une alimentation sûre et nutritive en quantité suffisante, qui satisfasse leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine ». L’insécurité alimentaire renvoie donc à la fois à la disponibilité des denrées alimentaires, à leur accessibilité physique et économique et à leurs propriétés nutritionnelles et sanitaires. Toutes les personnes en situation d’insécurité alimentaire ne souffrent pas de la faim, mais elles subissent des restrictions (quantitatives ou qualitatives) affectant leur alimentation, leur qualité de vie, leur bien-être et leur santé. Elle peut être tant collective qu’individuelle, touchant tous les membres d’un ménage ou une seule personne. Il arrive ainsi régulièrement que, dans certaines familles, les parents se privent pour préserver leurs enfants de l’insécurité alimentaire.  Facteur d’exclusion, l’insécurité alimentaire provoque la rupture du lien social.

L’insécurité alimentaire n’est pas le fait d’une catégorie sociale unique en France et ses causes sont diverses : sociétales et/ou individuelles. Elle concerne une population très hétérogène : personnes isolées,  familles monoparentales, chômeurs,  étudiants,  jeunes,  personnes en emploi précaire,  travailleurs pauvres,  retraités,  personnes en situation de handicap…

L’insécurité alimentaire n’est donc pas un état continu ni constant mais plutôt une « situation » qui s’insère dans un processus dynamique à laquelle les ménages tentent de s’adapter par des arbitrages budgétaires et des pratiques alimentaires qui peuvent inclure, ou non, le recours à l’aide alimentaire Enfin conjuguée à de mauvaises conditions de vie, l’IA est couplée aux inégalités sociales de santé,  caractérisées par des différences d’état de santé et de mortalité entre les groupes sociaux.

Il est difficile de faire un constat chiffré complet de l’insécurité alimentaire en France car aucune étude n’est précise sur le sujet. Seule une évaluation de l’importance des situations d’IA dans la population française générale a été réalisée à partir de l’enquête nationale INCA 2 de l’AFSSA en 2006-2007. Les résultats montrent qu’a priori 12,2% des adultes vivent dans un foyer en situation d’insécurité alimentaire pour raisons financières. Cette estimation n’est cependant que le résultat d’une interprétation. Une « partie » des personnes en situation d’insécurité alimentaire bénéficie de l’aide alimentaire. Elle représente en 2014 environ 3,5 millions de personnes. Les besoins sont en augmentation constante. Entre 2012 et 2013 cela représentait une augmentation de 10 % en moyenne.

Qui a recours à l’aide alimentaire ?

En 2014, environ 3,5 millions de personnes avaient recours à l’aide alimentaire et la moitié depuis plus de deux ans. Les 3 principales causes de difficultés financières sont :

  • la perte d’emploi (30%)
  • une séparation (28%)
  • la maladie (16%)

On note que 79% des personnes sont sans emploi, dont 2% d’étudiants, 34% de chômeurs, 23% d’hommes ou de femmes au foyer, 5% de retraités.

Contrairement à une idée reçue, 58% ont un niveau d’études au-delà de la 3ème (dont 10% ont fait des études supérieures). Enfin 43% vivent isolées sans aucun soutien de leur entourage.

Le profil type du bénéficiaire de l’aide alimentaire est une femme de 43 ans, sans emploi, avec enfants dont le revenu du foyer est inférieur à 868€ par mois (2).

Quels aliments sont plébiscités ?

Pour de nombreux bénéficiaires, l’aide alimentaire est la principale source d’approvisionnement de produits non périssables (pâtes, riz, farine, etc.), de conserves ou du lait UHT. Lorsque le Secours populaire français  a interrogé son public (3) sur les aliments souhaités en distribution, le lait arrive en tête des choix  pour  63% des personnes.  Les demandes portent pour 50% de produits de base (lait, pâtes, sucre…) et 50% de produits frais avec 40 % pour la viande, suivie par les yaourts ( 29%), les fruits et légumes frais(27%) et le poisson (22 %).

Préconisations du groupe de travail

« Peut-on encore aujourd’hui se contenter de développer une aide alimentaire uniquement distributive comme moyen de lutte efficace contre l’insécurité alimentaire en France ? L’aide alimentaire participe à mettre à l’abri de la faim les personnes subissant la pauvreté. En revanche, la distribution alimentaire simple ne prend pas en compte toutes les dimensions de la lutte contre l’insécurité alimentaire et en premier lieu le respect de la dignité de la personne ». Fort de ce constat et conscient de la nécessité de changer de paradigme pour mieux lutter contre les conséquences et les causes immédiates de l’insécurité alimentaire en France, le groupe de travail a choisi d’établir une liste de 16 préconisations qui participeront à un véritable « accompagnement par l’alimentation ». Cependant ils soulignent qu’elles ne trouveront leur efficacité que dans le cadre d’un engagement entier de tous les acteurs de l’alimentation : état, collectivités territoriales, entreprises et associations.

Envisager les conditions pour « sortir » de l’aide alimentaire

Tel était le thème d’un atelier national sous l’égide du Gret (Groupe de recherche et d’échanges technologiques). Le compte-rendu synthétise (4) des pratiques qui peuvent contribuer à une sortie positive de l’aide alimentaire.  Un « guide des pratiques favorisant la sortie de l’aide alimentaire » est également téléchargeable (4). Il souligne l’importance de « l’accompagnement le plus personnalisé possible, plutôt que « standard ». L’enjeu «étant d’offrir le plus large panel d’actions, afin que chacun y trouve une entrée, un ressort lui permettant  de changer sa situation. ».

Outre la connaissance,, la valorisation et l’orientation des personnes accueillies, il s’agit également de tenir compte de la formation et du soutien des équipes. En effet, de nombreux travaux ont soulevé la problématique des « fragiles s’occupant des fragiles ». Le croisement de deux vulnérabilités, même si elles ne sont pas symétriques ni assimilables, aboutissent à de redoutables dilemmes éthiques. Pour exemple, ce témoignage  (5) «  Quand on est travailleur social, parfois, on a l’impression d’être dans les mêmes difficultés que la personne que l’on suit. Quand je rédige une note sociale, j’ai l’impression d’être le pauvre qui doit se justifier (…). Nous aussi, travailleurs sociaux, on est de plus en plus dans le système D. »

Les distributions alimentaires éprouvent les bénévoles. Elles peuvent induire une fatigue physique et morale exprimée par le « On revoit les mêmes et rien n’a changé », situation qui crée un regard négatif sur les bénéficiaires et qui provoque des tensions.

L’alimentation, clef de voûte de l’accompagnement

Selon le manifeste(1), « accompagnement et alimentation » constituent donc une chance à saisir, un défi à relever. Pour ce faire, l’alimentation ne doit plus être la fin de l’accompagnement mais un moyen.

Elle doit être  considérée comme :

  • Porte d’entrée vers le retour à l’autonomie
  • Outil d’intégration et de lutte contre l’isolement
  • Outil de dialogue dans l’accompagnement
  • Promoteur du développement durable

 

 

(1 )« Dépasser l’aide alimentaire pour aller vers l’accompagnement par l’alimentation»

www.unaf.fr/IMG/pdf/plateforme_groupe_alimentation_uniopss.pdf

Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux : elle unit, défend et valorise le secteur non lucratif de solidarité. Elle porte auprès des pouvoirs publics la voix collective des associations sanitaires et sociales.

(2) Etude IPSOS/Banques Alimentaires 2012

(3)Les dessous de l’assiette d’une personne accueillie –Analyse des besoins. Valérie Dalbard, 2015- Secours Populaire Français

(4) Synthèse «  La sortie de l’aide alimentaire » , atelier de travail-  et Guide des pratiques favorisant la sortie de l’aide alimentaire – FNARS
www.fnars.org

(5)  L’invisibilité sociale : perception et expériences des travailleurs sociaux- lettre de l’ONPES- avril 2016
www.onpes.gouv

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