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Polémique : poids, mortalité et rigueur scientifique

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Date de publication : 04 juillet 2013 / Date de mise à jour : 03 février 2017

Polémique : poids, mortalité et rigueur scientifique


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Entre le poids et la mortalité, la relation n’est pas linéaire et pourrait dépendre de l’âge. Les personnes en surpoids (25kg.m-2? IMC< 30kg.m-2) ont 6% de chance de moins de mourir que les personnes de poids normal … telle était la conclusion d’une étude de Katherine Flegal, épidémiologiste au National Center for Health Statisftics de Hyattsvill, Maryland, parue en janvier 2013 dans le Journal of the American Medical Association. Cette méta-analyse incluait 97 études et portait sur 2,88 millions de sujets en tout.
Mais l’observation selon laquelle la mortalité des personnes en surpoids est inférieure à celle des personnes de poids normal a provoqué une vive polémique, le fait étant difficile à accepter pour une part de la communauté scientifique.
En particulier, le célèbre Pr Walter Willet, épidémiologiste américain de la Harvard School, a publiquement déclaré que cette étude était « un ramassis d’ordure et que personne ne devrait perdre son temps à la lire. » Mais cette déclaration d’une rare vigueur fait elle-même l’objet d’une vive mise au point dans un article paru dans la prestigieuse revue Nature.
Selon cette article de Nature intitulé « The big fat truth »*  : les propos simplistes du Pr Willet font fi des données scientifiques et, en encourageant un strict contrôle du poids, sont réellement dangereux.
La mortalité selon l’IMC suit globalement une courbe en J, les personnes les plus minces et celles à la corpulence la plus élevée ont la mortalité la plus forte. Si l’on divise la population en catégories d’âge (20, 30, 40, 50, 60, 70 ans), on s’aperçoit que pour les 20, 30, 40 et 50 ans, la mortalité la plus faible est située dans les limites de l’IMC normal mais s’élève avec l’âge et se rapproche progressivement de la zone du surpoids. En science et en médecine, rien n’est ou tout noir ou tout blanc. Pour les 60 et 70 ans, le plus bas taux de mortalité est dans la zone de surpoids. A 60 ans être à la limite de l’insuffisance pondérale est même plus risqué que d’être obèse et beaucoup plus que d’être en surpoids… Insistons sur le fait qu’à 60 ans on est un « jeune senior » le plus souvent encore actif et avec une espérance de vie non négligeable devant soi.
Ces observations peuvent être contre-intuitives pour certains professionnels de santé et, bien entendu, le fait que le surpoids soit associé à une augmentation du risque de certaines pathologies et en même temps à une baisse de la mortalité paraît, a priori,  paradoxal et impossible. Il est vrai que clamer sans précaution que le surpoids est associé à une moindre mortalité peut brouiller les messages de santé publique et les rendre incompréhensibles. Or, l’obésité est sans équivoque possible un problème de santé majeur et la lutte contre ce fléau reste une priorité.
Malgré tout, l’étude de Flegal mérite entièrement l’attention qu’on lui a portée et ses observations doivent être discutées sereinement et prises en compte par les communautés scientifique et médicale.

* « The big fat lie » signifie « le gros mensonge », il y a un donc un jeu de mot difficile à traduire opéré en remplaçant « lie » (mensonge) par « truth » (vérité) derrière « big fat » (gros gras).

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