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Études Aliments

Enregistrement des apports alimentaires : évaluation d’une application pour téléphones portables

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Enregistrement des apports alimentaires : évaluation d’une application pour téléphones portables


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BUCHER DELLA TORRE, S. CARRARD, I. FARINA, E. « et col. » Development and Evaluation of e-CA, an Electronic Mobile-Based Food Record. Nutrients, 2017, 9, 76 (doi: 10.3390/nu9010076).

L’application e-CA est un nouvel outil destiné à évaluer les apports alimentaires individuels. Il s’avère aussi fiable et précis que les méthodes classiques, rend la tâche plus amusante pour l’utilisateur et l’analyse plus rapide pour le professionnel. Cependant, il ne rend pas plus facile l’estimation de la taille des portions par le consommateur.

Pour évaluer les apports alimentaires individuels, les méthodologies les plus fréquemment utilisées en recherche sont le questionnaire de fréquences de consommation, le rappel des 24 heures, l’enregistrement alimentaire et l’enquête alimentaire par entretien. Chacune de ces méthodologies présente des limites spécifiques pour l’utilisateur (dépendance de la mémoire, charge importante de travail, biais lié à l’interlocuteur), et pour le professionnel (longue transcription des données et risque d’erreur élevé). Afin de pallier ces limites méthodologiques, une équipe de chercheurs suisses a développé et évalué une application pour téléphones portables nommée e-CA (signifiant « electronic carnet alimentaire »).

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L’application comporte près de 900 références d’aliments et de boissons, classées en 14 catégories et 60 sous-catégories. Elle permet à l’utilisateur d’enregistrer une prise alimentaire en trois étapes :

  1. Création d’un épisode alimentaire (date et heure) ;
  2. Sélection d’un aliment à partir des catégories et sous-catégories ;
  3. Estimation de la taille de la portion (entrée libre ou choix de portions prédéfinies).

L’évaluation d’e-CA a été réalisée en trois étapes :

  1. Tout d’abord, dix adultes ont enregistré leurs prises alimentaires grâce à e-CA pendant quatre jours consécutifs. La facilité d’utilisation et l’acceptabilité d’e-CA ont été évaluées par la tenue d’un registre et par des entretiens semi-structurés menés en fin de période. Ces utilisateurs ont trouvé l’outil pratique et intuitif à utiliser et l’ont perçu comme étant plus moderne, « branché » et amusant qu’un registre papier. Les principales difficultés rencontrées résident dans l’estimation de la taille des portions, l’enregistrement des plats composés de plusieurs ingrédients, le temps nécessaire à enregistrer chaque prise alimentaire et le fait que certains aliments manquent à la base de données.
  2. Dix-huit adultes ont ensuite utilisé e-CA pendant cinq jours consécutifs. La précision de l’outil a été évaluée en comparant les résultats obtenus par e-CA avec ceux obtenus par deux rappels des 24h téléphoniques  inopinés sur deux jours chevauchants. Aucune différence significative n’a été mise en évidence entre les deux méthodes pour l’estimation de l’énergie totale, de la quantité protéique et glucidique, ainsi que pour la consommation des deux groupes d’aliments choisis : fruits/légumes et produits laitiers. L’estimation de la quantité lipidique ingérée a été diminuée de 10g avec e-CA, comparativement aux rappels des 24h (P < 0,05). Cette différence est expliquée principalement par l’oubli de l’entrée des graisses ajoutées dans e-CA par les utilisateurs.
  3. Enfin, pour évaluer la fiabilité d’e-CA, vingt-deux adultes ont utilisé dans un contexte expérimental soit e-CA, soit un registre papier, pour décrire vingt aliments préalablement pesés, représentant le contenu de trois repas et de deux prises alimentaires hors repas. En moyenne, les utilisateurs d’e-CA ont été moins rapides pour réaliser la tâche (19 vs. 9 minutes), plus précis dans l’identification des aliments (77,3 % des aliments parfaitement identifiés vs. 60 %) et ont eu tendance à moins surestimer les tailles de portions (3 % de surestimation vs. 3,9 ou 4,7 % en fonction des deux diététiciens ayant analysé séparément les données des registres papier). Ces mêmes diététiciens ont mis moins de temps pour rentrer les résultats provenant de l’e-CA dans la base de données nutritionnelles, comparativement à ceux provenant du registre papier (8,2 vs. 11,8 min ; P < 0,05).

Ce nouvel outil développé pour l’enregistrement des apports alimentaires a le potentiel d’augmenter le plaisir des utilisateurs dans la réalisation de cette tâche et de diminuer le risque d’erreurs de transcription de la part des chercheurs, ainsi que leur charge de travail et le coût associé. Son évaluation a mis en évidence la difficulté à estimer la taille des portions, commune à l’ensemble des méthodes d’évaluation, ainsi qu’un temps nécessaire d’adaptation pour un usage fluide de l’outil. Les auteurs proposent de faire évoluer prochainement e-CA en améliorant l’outil de recherche des aliments et celui du choix de la taille de la portion, ainsi qu’en l’associant à une table de composition nutritionnelle.