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Lait de vache versus boissons végétales : des différences nutritionnelles

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Lait de vache versus boissons végétales : des différences nutritionnelles


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Singhal S. & al. JPGN. Doi : 10.1097/MPG.0000000000001380.

La consommation de boissons végétales s’accroît régulièrement au détriment du lait de vache y compris chez les jeunes enfants. La composition des ces boissons reste très mal connue. Une substitution inappropriée avant 8 ans peut conduire à des insuffisances d’apports en certains micronutriments potentiellement à l’origine de troubles de la croissance.

Le lait de vache (LV) est une source de macro et micronutriments consommée, notamment par les enfants, de manière ancestrale. Cependant, cette habitude est en train de changer.

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Récemment le Ministère américain de l’Agriculture a enregistré une diminution de la consommation de LV par habitant et, en parallèle, une augmentation de la consommation des boissons végétales (BV). Cette tendance est confirmée par une diminution de 7 % des ventes de lait en 2015 (avec une projection de baisse de 11 % supplémentaire à l’horizon 2020) alors que les ventes de BV ont progressé de 9 % la même année.

En effet, la popularité des BV ne cesse de croître comme le confirme un institut de sondage américain : 49 % des Américains en consommeraient dont 68 % de parents et 54 % d’enfants de moins de 18 ans. Cette consommation est quotidienne pour près de la moitié d’entre eux.

Les BV ont une image santé très positive par rapport au LV : elles sont considérées comme meilleures pour le cœur et la perte de poids notamment.

Face à cet essor de consommation des BV, il est essentiel de mieux connaitre leurs apports nutritionnels, notamment par comparaison avec ceux du LV, ainsi que les conséquences sur la santé en particulier chez les enfants. Cette publication conjointe des sociétés européennes et nord américaines de gastroentérologie et pédiatrie fait le point.

Les auteurs ont relevé les BV commercialisées dans les grandes enseignes, comme dans les petits commerces de proximité, autour de Buffalo près de New York. Ils se sont concentrés sur les BV dites « originelles », dont l’étiquetage mentionnait le terme « milk ».

Les principales BV sont issues des amandes, noix de cajou, noix de coco, noisette, chanvre, avoine, riz et soja. Le mode de fabrication consiste en une extraction des principaux composants qui sont mélangés à de l’eau et autres ingrédients et additifs. Des traitements d’homogénéisation et par la chaleur visant à augmenter la durée de vie sont ensuite réalisés. Enfin un enrichissement en certains micronutriments est souvent effectué car la boisson obtenue, ressemble visuellement à du LV, mais est loin d’avoir les mêmes qualités nutritionnelles.

Les données fournies par les industriels et la table de composition américaine ont été utilisées pour connaître la valeur nutritionnelle de ces boissons et la comparer aux besoins minimums et apports recommandés pour les jeunes enfants de 1 à 3 ans et les enfants de 4 à 6 ans.

Le tableau ci-dessous présente les principales valeurs nutritionnelles du LV et des BV pour une portion de 240 ml. Les apports en vitamines et minéraux ne sont pas mentionnés car inconnus pour la majorité des BV.

Composition nutritionnelle du LV versus les BV (table de composition US)

Il est important de noter l’extrême variabilité des teneurs des différents nutriments dans les BV qui ne peuvent être considérées qu’au cas par cas.

Concernant les macronutriments, les différences de teneur en protéines sont remarquables. La participation à la couverture des besoins protéiques des jeunes enfants est très faible pour les BV, contrairement au LV, hormis pour le jus de soja.

 

Participation à la couverture des besoins en protéines chez les jeunes enfants (en %) pour 240 ml de boisson

Participation à la couverture des besoins en protéines chez les jeunes enfants

Concernant la qualité de ces protéines, le score DIAAS* (qui remplace le PDCASS selon les  recommandations de la FAO de 2011), le plus bas est de 118 % pour le LV ce qui témoigne d’une excellente composition en acides aminés essentiels, contre 90.6 % pour le soja déficient en méthionine, et seulement 37.1 % pour le riz.

Concernant les autres contributeurs à l’apport énergétique, il s’agit principalement des lipides pour le LV et des glucides pour les BV. Les lipides sont indispensables au développement cérébral des jeunes enfants, y compris les acides gras saturés et le cholestérol. En outre, des études récentes suggèrent que des apports élevés en matières grasses laitières seraient associés avec un risque plus faible de développement d’une obésité.

En ce qui concerne les micronutriments, la majorité des données est indisponible pour les BV hormis pour le calcium et la vitamine D pour les boissons enrichies (ndlr: ce qui n’est pas systématiquement le cas en France), du fait de leur ajout à des teneurs comparables voire supérieures à celles du LV (voir tableau). Par ailleurs, la biodisponibilité des micronutriments ajoutés dans les BV n’est pas connue contrairement à celle du calcium du LV.

Compte tenu de tous ces éléments, la conclusion des auteurs est sans appel : les BV ont des compositions très variables en fonction de leur origine. La plupart sont naturellement pauvres en protéines, vitamines et minéraux. La qualité de leurs protéines est inférieure à celle du LV. L’utilisation de ces BV chez de jeunes enfants peut donc entraîner une insuffisance d’apport en macro et micronutriments, qui pourrait avoir des conséquences graves sur des organismes en pleine croissance.

Le LV est reconnue comme une source essentielle de nombreux nutriments indispensables à la croissance des jeunes enfants. Il fait partie de leur alimentation quotidienne. En cas d’exclusion pour raison médicale, les BV ne constituent pas un moyen de substitution ; un accompagnement par un diététicien qualifié est alors indispensable pour donner des conseils éclairés sur les aliments de remplacement afin que l’ensemble des besoins nutritionnels reste couvert.

 

*score DIAAS (en %) : quantité d’1 AAE par g de protéine étudiée/quantité du même AAE dans 1 g de protéine de référence. Ce score est calculé pour chaque AAE, le score le plus bas sert de référence pour évaluer la qualité de la protéine considérée.