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BFDG 2021 : La modélisation sociale et ses effets

Article
Publié le 26/04/2021
Modifié le 29/06/2021
Modifié le 29/06/2021
Temps de lecture : 10 minutes
High angle view of businessmen carrying lunch trays in work cafeteria

Qu’est-ce que la modélisation sociale ? Quels sont ses effets potentiels sur les comportements et choix alimentaires ? Nous avons sélectionné trois études présentées aux 45es rencontres internationales du BFDG (British Feeding and Drinking Group) qui apportent des réponses à ces questions.

Modélisation sociale et choix alimentaires

La modélisation sociale correspond au fait d’utiliser, consciemment ou non, le comportement des gens qui nous entourent au moment des repas comme une norme à laquelle se référer pour nos propres choix. La modélisation sociale a principalement été étudiée pour mettre en évidence son effet sur la taille des portions consommées. Armelle Garcia (Université Paris-Saclay) examine les potentiels effets de la modélisation sociale sur les choix alimentaires effectués par 546 adultes (âge moyen = 40,2 ans) prenant leur déjeuner au restaurant administratif universitaire.

Pour l’entrée, les participants avaient la possibilité de choisir des crudités, une entrée composée, de la charcuterie ou de ne pas prendre d’entrée. De la même façon, pour le dessert, les quatre options possibles étaient : fruit, produit laitier, pâtisserie ou pas de dessert. Le choix de chaque participant pour ces deux plats a été comparé à celui de la personne précédente dans la file du self linéaire.

Les résultats montrent que 39 % des participants ont choisi de prendre une entrée (crudités : 57 %, entrée composée : 28 % et charcuterie : 16 %) et 93 % ont fait le choix d’un dessert (fruit : 43 %, pâtisserie : 32 % et produit laitier : 25 %).

La probabilité pour un participant de choisir une entrée est significativement plus élevée si la personne le précédant dans la file a elle-même fait le choix d’une entrée (P = 0,03). De la même façon, la probabilité de choisir des crudités (P = 0,02) et celle de choisir une entrée composée (P < 0,001) sont plus élevées si la personne précédente a fait ce choix. La probabilité de choisir de la charcuterie en entrée et celle de choisir un dessert en général ou une catégorie de dessert ne sont, par contre, pas significativement liées aux choix de la personne précédente.

Cette étude suggère qu’il existe une modélisation sociale pour les choix alimentaires, mais pas pour toutes les catégories d’aliments. En effet, pour certaines catégories d’aliments, tels que les desserts, les habitudes alimentaires des individus semblent plus influer sur les choix que le contexte social.

Modélisation sociale et végétarisme

La modélisation sociale pourrait être une stratégie pour encourager un comportement alimentaire désiré. Alya Hammami (Université Paris-Saclay et Université de Birmingham) examine si le fait de manger en présence d’une personne végétarienne pourrait avoir une influence sur les choix et les consommations d’aliments végétaux. Trente-huit femmes adultes, non végétariennes, âgées en moyenne de 35,6 ans, ont participé à deux reprises à un buffet constitué d’une option carnivore (tranches de poulet) et d’une option végétarienne (falafels), ainsi que d’un bar à salades. Au cours de l’une des visites, le repas s’est déroulé seul alors que l’autre repas s’est passé en compagnie d’une personne végétarienne.

Les résultats montrent tout d’abord que le fait de manger en compagnie d’une personne végétarienne n’a pas d’effet significatif sur la consommation totale au buffet ni sur la consommation des différents items alimentaires proposés : salades, poulet et falafels.

Une analyse complémentaire met en évidence que, chez les participantes ayant une intention basse de devenir un jour végétarienne, le fait de manger avec une personne végétarienne entraîne une diminution significative de la consommation d’aliments végétaux au cours du repas. Aucun effet n’a par contre été observé chez les participantes ayant une intention élevée de devenir un jour végétarienne.

En conclusion, cette étude suggère que la présence d’une personne végétarienne n’influe pas forcément le choix des personnes l’accompagnant. Le processus de modélisation sociale pourrait dépendre de l’intention préalable de la personne. La présence d’une personne végétarienne pourrait en effet avoir un impact négatif chez les individus ayant une intention basse de devenir un jour végétariens, en favorisant la baisse de leur consommation d’aliments végétaux.

Modélisation sociale et expressions faciales

Le fait d’être confronté aux expressions faciales d’une personne en train de manger un aliment en particulier pourrait influer, consciemment ou pas, l’envie de consommer cet aliment. Katie Edwards (Aston University) teste cette hypothèse en examinant l’effet d’être confronté à différents types d’expressions faciales sur l’envie de consommer du brocoli. Dans le cadre d’une enquête en ligne, 269 jeunes adultes, âgés en moyenne de 22,3 ans, ont été confrontés de façon aléatoire à une vidéo montrant une personne consommant du brocoli cru et ayant une expression faciale soit positive, soit neutre, soit négative.

Les résultats montrent que le type d’expression faciale visionnée par les participants ne fait pas évoluer dans un sens ou dans un autre l’envie de manger du brocoli. Cette induction n’a pas non plus d’impact sur l’envie de manger des aliments ayant une densité énergétique basse ou des aliments présentant une densité énergétique élevée.

Le fait de voir une personne consommant du brocoli avec une expression faciale positive, neutre ou négative ne fait pas non plus évoluer la note d’appréciation donnée par les participants pour le brocoli. Par contre, les participants confrontés à des expressions faciales négatives en réponse au brocoli présentent une diminution très importante de la note d’appréciation des aliments de faible densité énergétique, comparativement à ceux ayant visionné des expressions faciales neutres ou positives. De la même façon, le fait de visionner des réactions faciales négatives de personnes mangeant du brocoli est associé significativement à une diminution de l’appréciation des aliments à haute densité énergétique, comparativement aux participants ayant été confrontés à des expressions faciales neutres.

Pour conclure, cette étude suggère que le fait d’être confronté à des expressions faciales négatives d’une personne en train de manger un légume généralement peu apprécié peut diminuer l’appréciation d’autres aliments de faible ou de haute densité énergétique. Il semble par contre qu’être confronté à des expressions faciales positives ne modifie ni l’appréciation ni l’envie de consommer cet aliment peu apprécié.

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