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Études Populations

Le modèle alimentaire français à 3 repas par jour existe-t-il toujours ?

Temps de lecture : 4 minutes

Date de publication : 21 avril 2015 / Date de mise à jour : 02 août 2019

Le modèle alimentaire français à 3 repas par jour existe-t-il toujours ?


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Cette étude s’appuie sur les données récoltées auprès de près de 3000 habitants de la région parisienne. Le modèle alimentaire français se révèle relativement conservé, avec 66% des Franciliens consommant 3 repas par jour. Toutefois, environ un quart de sujets s’en écarte et deux profils alimentaires éloignés du modèle français sont mis en évidence.

J. Riou, T. Lefèvre, I. Parizot et al. (2015) Is there still a French eating model ? A taxonomy of eating behaviors in adults living in the Paris metropolitan area in 2010, PLoS One, 3;10(3):e0119161.

Cette étude s’appuie sur les données récoltées auprès de près de 3000 habitants de la région parisienne. Le modèle alimentaire français se révèle relativement conservé, avec 66% des Franciliens consommant 3 repas par jour. Toutefois, environ un quart de sujets s’en écarte et deux profils alimentaires éloignés du modèle français sont mis en évidence. Les chercheurs ont utilisé les données de la cohorte SIRS (Santé, Inégalités et ruptures sociales, projet collaboratif INSERM/CNRS), représentative de la population adulte en région parisienne.

Leur analyse révèle que 66% de la population adulte francilienne consomme 3 repas par jour, 24% en consomme 2 et 8% en consomme 4 ou plus. Les moments de prise alimentaire correspondent aux trois plages horaires du petit déjeuner (5h30 à 10h25), du déjeuner (11h30 à 14h25) et du dîner (18h30 à 21h25). Lorsque seuls deux repas sont déclarés, c’est très souvent que le petit déjeuner est sauté, un quart des Franciliens serait concerné.

Un algorithme a été appliqué aux variables relatives aux repas (fréquence, moment et lieu de la prise, avec qui le repas est le plus souvent partagé, activités éventuellement associées) et a mis en évidence 5 profils alimentaires parmi les 2994 participants (voir tableau).

 

Profil 1

Profil 2

Profil 3

Profil 4

Profil 5

Intitulé

« 3 repas, souvent dehors »

« 3 repas, souvent seul à la maison »

« 3 repas, à la maison en famille » 

« 1 ou 2 repas, souvent à la maison avec la télévision »

« 2 repas, souvent dehors »

Prévalence (population francilienne

33%

17%

24%

13%

12%

3 repas par jour

Oui

Oui voire 4 pour 10% des sujets

Oui

Non et 1 seul repas pour 18% des sujets

Non : 1 ou 2 repas (8,7 et 86,4% respectivement)

Autres caractéristiques des repas

Peu de repas pris à la maison en famille, davantage au travail ou au restaurant avec collègues ou amis. Repas = temps de discussion

Repas pris souvent à la maison (87%), seul, en regardant la télévision ou en écoutant la radio

 

Plupart des repas pris à la maison en famille. Considéré comme groupe « de référence », le plus proche du profil alimentaire « français »

Beaucoup de repas pris devant la télévision, à la maison en famille, mais peu de discussion. Quand 1 seul repas : vers 19h. Profil associé à habitudes alimentaires irrégulières (14% des sujets)

Beaucoup de repas pris hors domicile, au travail ou au restaurant. Très peu de repas pris seuls, souvent avec collègues ou amis. Repas = temps de discussion

Autres habitudes alimentaires

(recos nutris = 5 fruits et légumes et 3 produits laitiers/jour)

Peu de grignotage

Peu de grignotage

Groupe « de référence »

Beaucoup de grignotage

Faible adhérence aux recos nutris

 

Beaucoup de grignotage

Faible adhérence aux recos nutris

Caractéristiques socio-démographiques

Profil jeune, actif, au niveau d’éducation faible ou intermédiaire.

Profil vivant seul, de sexe féminin, d’âge avancé, au niveau d’éducation faible ou intermédiaire, au revenu faible ou retraité.

Groupe « de référence »

Profil aux revenus élevés, familles nucléaires (couples avec ou sans enfants). Sentiment de solitude quasi inexistant.

Profil de sexe masculin, jeune, au niveau d’éducation et de revenu faibles, au chômage et/ou d’origine étrangère. Fort sentiment de solitude.

Profil de sexe masculin, jeunes, au niveau d’éducation élevé. Fort sentiment de solitude.

Les trois premiers profils (1, 2 et 3) suivent le modèle des 3 repas par jour et se différencient par les lieux de prise et les interactions sociales associées au repas, fonctions de l’âge et des contraintes horaires. En revanche, les sujets appartenant aux deux autres profils (4 et 5) ne consomment que 1 ou 2 repas par jour. Pour les deux, l’impasse sur le petit déjeuner, un grignotage fréquent et une faible adhérence aux recommandations nutritionnelles laissent craindre un impact néfaste sur la santé. Les deux profils se révèlent néanmoins bien différents d’un point de vue sociologique.

Les sujets du profil 4 sont généralement au chômage, avec des revenus inférieurs à la moyenne nationale. Par rapport aux autres profils, on trouve une forte proportion de sujets d’origine étrangère. Leurs repas sont souvent pris à la maison devant la télévision. Les chercheurs évoquent pour ce profil une « déstructuration » de la journée.

Les sujets du profil 5 sont majoritairement des individus jeunes, actifs et intégrés. Leurs repas sont souvent pris hors domicile en compagnie d’autres personnes. Selon les chercheurs, il pourrait s’agir d’une adaptation au style de vie urbain moderne. Seule une recherche longitudinale permettrait de savoir si ce profil « générationnel » évolue vers un profil plus traditionnel avec l’âge, la construction de la famille ou le fait d’avoir des enfants.
Les chercheurs soulignent que manger hors domicile fait désormais partie des habitudes alimentaires d’une grande partie de la population francilienne, attribuable à des contraintes de temps et de travail. Cette caractéristique trouve aujourd’hui sa place au sein du modèle français des trois repas, historiquement pris à domicile, sans être synonyme de déstructuration.

Il est important de préciser néanmoins que la population parisienne n’est pas représentative du pays en termes d’organisation sociale et de conditions de vie et qu’il serait hâtif de généraliser ces résultats à l’ensemble de la population française.

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