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Études Pathologies

L’intolérance au gluten non cœliaque : toujours pas de preuve

Temps de lecture : 3 minutes

Date de publication : 05 janvier 2015 / Date de mise à jour : 26 juin 2019

L’intolérance au gluten non cœliaque : toujours pas de preuve


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Les résultats de cette étude australienne n’apportent pas la preuve d’un effet spécifique ou dose-dépendant du gluten chez des patients s’autodéclarant intolérant au gluten, mais non cœliaque, et soumis à des régimes alimentaires réduits en FODMAPs.

J. R. Biesiekierski, S. L. Peters, E. D. Newnham et col. (2013) No effects of gluten in patients with self-reported non-celiac gluten sensitivity after dietary reduction of fermentable, poorly absorbed, short-chain carbohydrates. Gastroenterology; 145(2):320-8.

Les résultats de cette étude australienne n’apportent pas la preuve d’un effet spécifique ou dose-dépendant du gluten chez des patients s’autodéclarant intolérant au gluten, mais non cœliaque, et soumis à des régimes alimentaires réduits en FODMAPs. La réalité de l’hypersensibilité au gluten ou intolérance au gluten non cœliaque interroge quelque peu les scientifiques et les professionnels de santé. L’équipe australienne auteur de cette étude a mis au point un protocole original combinant deux essais contrôlés et randomisés successifs pour tenter d’en vérifier l’existence.
Les participants de l’étude ont été recrutés pour leurs symptômes de l’intestin irritable (critères de Rome III) améliorés d’après eux par une alimentation sans gluten et n’étant pas atteints de maladie cœliaque (absence d’anticorps spécifiques HLA-DQ2 et HLA-DQ8 ou biopsie duodénale normale).

Le premier essai a inclus 37 sujets âgés de 24 à 61 ans dans une intervention randomisée croisée en double aveugle. Tout d’abord, les participants suivaient un régime réduit en FODMAPs pendant 2 semaines, déclencheurs potentiels de symptômes gastro-intestinaux. Les sujets étaient ensuite répartis aléatoirement entre trois groupes, soumis chacun à un régime alimentaire différent pendant une semaine : riche en gluten (16g de gluten/jour), pauvre en gluten (2g de gluten/jour et 14g de protéines du lactosérum/jour) ou contrôle (16g de protéines du lactosérum/jour). Après une période de « washout » d’au moins deux semaines, chaque sujet se soumettait à un autre régime, etc…, jusqu’à avoir expérimenté les trois régimes. L’évolution de la sévérité des symptômes au cours du temps était évaluée à l’aide d’échelles visuelles analogiques.
Des effets spécifiques au gluten n’ont été constatés que chez 8% des participants (3 sujets). Chez l’ensemble des participants, les symptômes se sont nettement atténués avec le régime réduit en FODMAPs au cours des deux premières semaines, mais ensuite dégradés pour atteindre un niveau équivalent pour les trois régimes. Aucune différence significative n’a été constatée entre les groupes ni sur les marqueurs sanguins et fécaux de l’inflammation intestinale, ni sur les indices de fatigue, ni sur les niveaux d’activité physique. *

Ensuite, chacun des patients fut invité à participer à une nouvelle étude similaire alternant 3 jours d’intervention et 3 jours de « récupération » pour 3 régimes différents (16g de gluten/ jour, 16g de protéines du lactoserum et un placebo sans protéines). Vingt-deux sujets participèrent à ce deuxième essai.
Aucune différence n’a pu être établie concernant l’expression des symptômes entre les régimes et comparé à la situation de départ.

Ces résultats vont à l’encontre de ceux d’un récent essai randomisé mené par ces mêmes chercheurs sur une population équivalente, montrant que le gluten générait des symptômes gastro-intestinaux et une fatigue plus marqués par rapport à un placebo. Certains produits contenant du gluten, notamment de nombreuses céréales, sont aussi riches en fructanes (polymère de fructose compris dans les FODMAPs). La réduction de l’apport en FODMAPs en raison du suivi d’un régime sans gluten pourrait entrainer une amélioration des symptômes, attribuée à tort à la réduction de l’apport en gluten. Des études supplémentaires doivent donc être menées.

Dans les deux études, l’ordre des régimes était associé à l’intensité des symptômes : le premier régime, quel qu’il soit, entraînait plus de symptômes ce qui est le signe d’un effet placebo/ nocebo important.

Ndl : Pour mémoire, et à l’attention de vos patients, l’AFDIAG a édité un dépliant faisant le point sur le diagnostic de la maladie cœliaque. Il y est précisé : « NE PAS FAIRE DÉBUTER UN RÉGIME SANS GLUTEN AVANT D’AFFIRMER LE DIAGNOSTIC DE MALADIE CŒLIAQUE (anticorps et biopsies duodénales) » Ainsi que, au sujet de l’hypersensibilité au gluten non cœliaque : « Il n’existe à ce jour aucun rationnel scientifique clairement établi. L’imputabilité du rôle du gluten reste donc à démontrer. Dans ce cas, il n’existe pas d’atrophie villositaire intestinale. »

http://www.afdiag.fr/campagnes-dinformation/bien-diagnostiquer-lintolerance-au-gluten/

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