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JFN 2020 : enfance et nutrition

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Publié le 18/01/2021
Publié le 18/01/2021
Temps de lecture : 12 minutes
JFN 2020 : enfance et nutrition
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Cette année aux Journées Francophones de Nutrition, alimentation de l’enfant rime avec lipides, dénutrition maternelle et troubles restrictifs. Retour sur trois conférences qui mettent en lumière différents aspects de la nutrition pédiatrique.

 

Références nutritionnelles en lipides chez les enfants

Les références nutritionnelles pour la population (RNP) correspondent aux apports quotidiens qui vont couvrir les besoins de 97,5 % de la population considérée. Julie Lemale (AP-HP, Paris) rappelle les références nutritionnelles en lipides pour la population pédiatrique et propose des recommandations pour les atteindre.

Elle précise tout d’abord que, si les lipides sont souvent associés chez l’adulte à un risque pathologique, l’enfant est quant à lui plutôt exposé à un risque de carences. Quantitativement et qualitativement les lipides sont indispensables au développement neurocognitif de l’enfant.

Les RNP pour les lipides totaux sont présentés dans le tableau 1.

JFN 2020 : enfance et nutrition

Le tableau 2 décrit les RNP plus spécifiquement pour les acides gras polyinsaturés (AGPI) à longues chaînes.

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Entre 0 et 6 mois, ces besoins peuvent être assurés par le lait maternel. Julie Lemale met cependant en garde sur le fait que les mères allaitantes végétariennes ou végétaliennes produisent un lait maternel moins riche en DHA. Dans le cas des préparations infantiles 1er âge, ces derniers doivent apporter obligatoirement 20 à 50 mg/100 kcal de DHA depuis février 2020, ainsi que 500 à 1200 mg/100 kcal d’acide linoléique (AL) et 50 à 100 mg/100 kcal d’acide α-linolénique (ALA). Les apports en acide arachidonique (ARA) et en acide éicosapentaénoïque (EPA) sont par contre optionnels dans les préparations infantiles. Le tableau 3 présente quelques recommandations pratiques pour répondre aux RNP concernant les acides gras essentiels (AGE) et le DHA.

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Pour conclure, la pédiatre met l’accent sur l’importance, pour répondre aux RNP en lipides, de l’allaitement maternel ou de faire le choix d’une formule infantile enrichie en DHA et ARA ; de l’ajout systématique de matière grasse en les variant dès la diversification alimentaire ; et de la consommation de poisson une à deux fois par semaine dès l’âge de 1 an.

 

Dénutrition maternelle pendant la grossesse et santé de l’enfant

Si la dénutrition chez la femme enceinte est relativement rare dans les pays industrialisés, elle est beaucoup plus courante dans les pays en développement. Umberto Simeoni (Université de Lausanne) expose les conséquences pour l’enfant d’une dénutrition chez la femme enceinte.

La dénutrition maternelle conduit à un risque accru de restriction de croissance intra-utérine (RCIU) qui, elle-même, a pour effet d’augmenter la mortalité et la morbidité, autant pour la mère que pour l’enfant. En particulier, les risques d’avortement spontané, de mort in utero, d’accouchement prématuré ou de complications obstétricales sont plus élevés en cas de dénutrition maternelle.

La morbidité à court terme pour l’enfant est accrue : hausse des troubles respiratoires, métaboliques, moteurs ou du neuro-développement. A plus long terme, le chercheur met en lumière des séquelles possibles de cette morbidité précoce, ainsi qu’un risque augmenté de développer, à l’âge adulte, une maladie chronique non transmissible : hypertension, accidents vasculaires cardiaques ou cérébraux, maladies métaboliques (diabète de type 2), obésité, affections rénales ou troubles neuropsychiques. Ces conséquences seraient programmées par le stress nutritionnel périnatal et, plus généralement, par le stress environnemental.

Le lien entre la nutrition périnatale (et plus largement l’environnement périnatal) et la santé de l’adulte ferait intervenir des facteurs épigénétiques. Ces marques épigénétiques sont de trois types : méthylation de l’ADN, organisation de la chromatine dans le noyau et ARN non codants qui viennent contrôler le niveau d’expression des gènes de façon durable. Elles constituent une mémoire moléculaire de l’environnement périnatale que l’on retrouve, chez l’adulte, par le biais de modifications du niveau d’activité des gènes. Ces marques épigénétiques sont donc la traduction d’une interaction précoce entre le génome et son environnement. Umberto Simeoni insiste sur le fait que, si elles traduisent un caractère acquis, elles sont transmissibles sur plusieurs générations.

En conclusion, les premières phases du développement de l’enfant constituent une période de particulière sensibilité aux signaux environnementaux et comportementaux. Une nutrition maternelle adéquate fait donc partie de la base de la prévention pour une bonne santé de l’enfant tout au long de sa vie. Au-delà de l’importance de l’alimentation de la femme enceinte, Umberto Simeoni suggère, pour les campagnes de prévention future, de cibler également l’alimentation préconceptionnelle de la mère, mais aussi du père.

 

Troubles restrictifs chez l’enfant : le rôle du diététicien

Les troubles du comportement alimentaire restrictifs ou évitants chez l’enfant sont caractérisés par un évitement de la nourriture ou une limitation de la prise alimentaire. Contrairement à ce qu’il se produit dans l’anorexie et la boulimie mentales, ces troubles ne sont pas liés à une image corporelle distordue ou à une préoccupation concernant cette image corporelle. Dans une session dédiée à ces troubles, Laure Soulez Larivière (diététicienne nutritionniste, Paris) présente leurs caractéristiques ainsi que le rôle du diététicien dans leur prise en charge.

Elle met tout d’abord en avant que le diagnostic de ces troubles restrictifs est très souvent tardif en raison de leur méconnaissance de la part de la population générale, mais aussi des professionnels de santé. Face à cette problématique, les parents se retrouvent souvent dans une errance médicale et paramédicale et il n’est pas rare qu’ils consultent pour la première fois un diététicien avec des troubles déjà bien installés.

Laure Soulez Larivière insiste sur le fait que ces troubles ne disparaissent pas seuls ; ils doivent être pris en charge. Leurs conséquences mettent souvent les enfants et leur famille en grande difficulté : perte de poids, retard de croissance, perturbation de la dynamique familiale (les parents ne savent plus comment gérer les repas), perturbations psychosociales. Plusieurs carences nutritionnelles sont souvent constatées, en particulier des carences en fer, en calcium, en acides gras essentiels, en vitamines C, A et E. Elles sont parfois graves : des cas de scorbut ont même été décrits dans la littérature.

Les rôles du diététicien dans la prise en charge sont multiples :

  • Rassurer les parents. Souvent très anxieux, les parents doivent comprendre qu’en étant bien accompagné, l’enfant peut sortir de ces troubles.
  • Evaluer qualitativement et quantitativement l’alimentation.
  • Porter son attention sur les micronutriments.
  • Dépister une éventuelle dénutrition et recourir si besoin à des stratégies nutritionnelles (mise en place d’enrichissements, promotion d’aliments denses en énergie).
  • Accompagner les parents vers une nouvelle façon d’aborder l’alimentation de leur enfant: arrêt du forçage, encouragement de l’autonomie de l’enfant, de son plaisir à manger en le laissant par exemple manipuler les aliments et en incitant le « manger mains ». Laure Soulez Larivière pointe aussi l’importance de lever certaines croyances alimentaires limitantes chez les parents.
  • Agir auprès de l’enfant: démarrer par les aliments connus et aimés par l’enfant, développer son répertoire alimentaire pas à pas, encourager l’enfant à cuisiner et à goûter ce qu’il prépare avec ses parents.

En conclusion, les troubles du comportement alimentaire restrictifs ou évitants chez l’enfant devraient être détectés et pris en charge le plus tôt possible, de façon pluridisciplinaire et par des professionnels formés. Il est primordial que les soignants (diététiciens, orthophonistes, psychologues) offrent aux parents des discours coordonnés afin de favoriser la réussite de la prise en charge.