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JFN 2021 : Os et nutrition

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Publié le 20/12/2021
Publié le 20/12/2021
Temps de lecture : 11 minutes
JFN 2021 : Os et nutrition
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Une session des JFN 2021 a été spécifiquement dédiée aux liens entre la nutrition et la santé osseuse : au programme, les effets des régimes d’exclusion et restrictifs sur la santé de l’os, et le retentissement osseux en cas d’anorexie mentale et de chirurgie bariatrique.

Les régimes d’exclusion et restrictifs

Jean-Michel Lecerf (Lille) fait un état des lieux des liens existant entre les régimes d’exclusion ou restrictifs et la santé osseuse.

Le suivi d’un régime alimentaire sans produits laitiers peut avoir des conséquences importantes sur la santé osseuse. Chez les enfants suivant un régime de ce type, on constate une masse minérale osseuse diminuée et un risque accru de fractures. Chez les adultes, de nombreuses études montrent que l’éviction des produits laitiers est corrélée à l’augmentation du risque de fractures, d’ostéoporose et à la perte de masse osseuse. Jean-Michel Lecerf met en avant le fait que la microstructure osseuse est impactée par la consommation de produits laitiers, la résistance mécanique osseuse étant améliorée par un apport de protéines laitières. Si l’apport protéique et l’apport calcique des produits laitiers jouent un rôle sur la santé osseuse, l’effet matrice des produits laitiers, protecteur pour l’os, est aussi bien démontré par la littérature scientifique.

Les régimes végétariens et végétaliens peuvent aussi avoir des effets sur la santé osseuse. Il apparaît que les personnes suivant un régime végétalien présentent un risque augmenté de fractures de 30 %, 45 %, voire beaucoup plus selon les études. Le régime végétarien est lui aussi, dans une moindre mesure, parfois associé à un risque accru de fractures. Jean-Michel Lecerf met en lumière une étude qui montre que, malgré une supplémentation en calcium et en vitamine D, la baisse de la biodisponibilité du calcium chez les végétaliens stimule la résorption osseuse par le biais de la parathormone (PTH).

Concernant les régimes amaigrissants, il apparaît qu’une perte de poids volontaire entraine une diminution de la densité minérale osseuse (DMO), parallèlement à la perte de masse grasse et de masse maigre, en particulier chez les femmes. Des études montrent que, plus la perte de poids est grande, plus le risque de fractures augmente. Enfin, un apport élevé en protéines et en calcium, ainsi que la pratique d’une activité physique ralentissent cette diminution de la DMO.

En conclusion, cette revue de la littérature scientifique montre que le suivi de régimes d’exclusion ou de régimes restrictifs présente des risques pour la santé osseuse.

Anorexie mentale et fragilité osseuse

L’anorexie mentale se définit comme la crainte exagérée d’un poids excessif, associée à une perturbation de l’image corporelle, à une perte significative de poids et à un refus de maintenir un poids normal minimum. Elle touche principalement les femmes à l’adolescence et est associée le plus souvent à une aménorrhée. Bernard Cortet (Lille) présente les conséquences de l’anorexie mentale sur la santé osseuse.

Le retentissement osseux de l’anorexie mentale est précoce et parfois sévère. Chez les patientes atteintes d’anorexie mentale, la densité minérale osseuse (DMO) est très abaissée, que ce soit au niveau du rachis lombaire ou du corps entier. Le risque de fracture est quant à lui augmenté : certaines études font état d’un risque fracturaire global doublé et d’un risque de fracture de la hanche triplé chez les anorexiques. Bernard Cortet met en lumière le fait que, lorsque l’anorexie perdure dans le temps, le risque fracturaire aurait tendance à s’accroître.

Les mécanismes du retentissement osseux de l’anorexie mentale sont complexes, multifactoriels et incomplètement élucidés. Si la durée de l’aménorrhée aggrave la DMO, l’hypogonadisme n’explique pas à lui seul la perte osseuse. Parmi les autres facteurs corrélés à la DMO, Bernard Cortet cite l’indice de masse corporelle, la masse maigre ou encore le taux de l’hormone de croissance IGF-1. Le taux de leptine, particulièrement bas chez les patientes anorexiques et le taux d’adiponectine qui est quant à lui augmenté, sont aussi suspectés jouer un rôle dans le retentissement osseux.

La prise en charge thérapeutique du retentissement osseux de l’anorexie mentale est difficile et justifie des approches pluridisciplinaires. La récupération pondérale et des cycles menstruels restent indispensables à une évolution favorable de la DMO. Bernard Cortet insiste sur le fait que, si la supplémentation en vitamine D et en calcium semble indispensable, elle n’est cependant pas suffisante pour corriger la perte osseuse. Enfin, il indique que les traitements par œstrogènes de synthèse ou traitements hormonaux substitutifs semblent peu efficaces sur l’impact osseux.

Pour conclure, le chercheur pointe l’importance d’un dépistage et d’une prise en charge précoce du retentissement osseux chez les patientes anorexiques, ainsi que la nécessité d’un suivi prolongé.

Retentissement osseux après chirurgie bariatrique

Julien Paccou (Lille) présente l’état des connaissances scientifiques concernant les effets de la chirurgie bariatrique sur la santé osseuse. Il rappelle qu’environ 1 % de la population française a déjà subi ce type d’opération et qu’aujourd’hui, la chirurgie prédominante est la sleeve gastrectomie, suivie du bypass gastrique.

La littérature sur cette thématique est abondante et montre clairement une hausse du risque fracturaire après une chirurgie bariatrique. Une méta-analyse récente évalue l’augmentation globale de ce risque à plus de 40 %.

Julien Paccou pointe néanmoins l’importance de considérer les données plus dans le détail. Il apparaît en particulier que l’augmentation du risque fracturaire dépend grandement du type de chirurgie bariatrique. Le chercheur cite une étude française récente qui compare l’incidence des fractures ostéoporotiques majeures (poignet, hanche, épaule, vertèbres) chez des patientes obèses de plus de 40 ans ayant bénéficié d’une chirurgie bariatrique. Dans cette étude, il apparaît que la seule chirurgie associée à une augmentation du risque fracturaire est le bypass gastrique, avec une augmentation du risque de 70 %.

Plusieurs études montrent que le risque de fracture ne s’élève pas immédiatement après la chirurgie bariatrique mais commence à augmenter à partir de la 3e année suivant la chirurgie ; c’est en particulier le cas pour la fracture de la hanche et celle du poignet.

Les données d’évolution de la densité minérale osseuse montrent une perte densitométrique plus importante avec le bypass gastrique qu’avec la sleeve gastrectomie ; cette perte peut atteindre 10 % en 1 an, ce qui est considérable. Les données montrent aussi que, même 5 ans après la chirurgie, la perte osseuse s’aggrave et la microarchitecture de l’os continue à se détériorer, alors que le poids corporel ne baisse plus ou est même en hausse.

De la même façon, le bypass gastrique a plus d’effets sur les marqueurs du remodelage osseux que la sleeve gastrectomie. Julien Paccou insiste sur l’augmentation très importante de ces marqueurs et sur le fait que le niveau de remodelage ne retrouve pas son niveau initial même 5 ans après la chirurgie bariatrique.

Pour conclure, si la hausse du risque fracturaire après chirurgie bariatrique est bien établie, surtout en cas de bypass gastrique, les mécanismes physiopathologiques restent à élucider et les modalités de dépistage, de prise en charge et de traitement restent à déterminer.

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