Onze allergènes concentrent 85 % des cas d’anaphylaxie alimentaire imputables aux aliments végétaux et recensés par le Réseau d’Allergo-Vigilance depuis 2002. Le blé est le principal déclencheur chez l’adulte, alors que l’arachide prédomine chez l’adolescent.
L’essor des régimes alimentaires de type végan, végétarien, ou encore flexitarien s’accompagne d’une exposition croissante à des protéines végétales potentiellement allergisantes, présentes dans les légumineuses, les céréales ou pseudo-céréales, les graines ou encore les fruits à coque. Dans ce contexte, une équipe de recherche a utilisé les données du Réseau d’Allergo-Vigilance (RAV) collectées entre 2002 et 2024, afin de caractériser les cas d’anaphylaxie alimentaire imputables à ces différentes familles d’aliments, chez les adultes et les adolescents de plus de 13 ans. Pour rappel, le RAV recense de manière non-exhaustive, via ses membres (tous professionnels de santé dans le domaine de l’allergologie), les cas d’anaphylaxie sévère survenus en France, Belgique et Luxembourg.
Au total, sur l’ensemble de la période, 753 cas d’anaphylaxie liés à ces aliments végétaux ont été recensés : 516 chez des adultes et 237 chez des adolescents. Si le nombre de cas annuel entre 2002 et 2024 est resté relativement stable chez l’adulte, on peut noter une augmentation soudaine chez l’adolescent à partir de 2017 (cf. figure 1). Selon les auteurs, cette hausse pourrait s’expliquer par une possible évolution des habitudes alimentaires dans cette tranche d’âge (ils évoquent la potentielle contribution de l’apparition, en 2019, du repas végétarien hebdomadaire dans les cantines scolaires), mais aussi par des biais inhérents à l’enregistrement des cas par les membres du RAV.

Fait notable, 85 % des cas d’anaphylaxie sont attribués à seulement 11 allergènes différents : le blé, l’arachide, le sarrasin, le soja, la noisette, le sésame, le lupin, la noix de cajou, le pignon, la noix et l’amande. C’est le blé qui est le principal déclencheur chez l’adulte (26,9 vs 7,6 % chez l’adolescent, P < 0,001), tandis que l’arachide est l’allergène prédominant dans les anaphylaxies observées chez l’adolescent (34,2 vs 8,1 % chez l’adulte, P < 0,001).
De nombreux cofacteurs (qui abaissent le seuil réactogène ou aggravent la sévérité de la réaction allergique) sont rapportés par les auteurs. Chez l’adolescent, c’est principalement l’effort physique, qui constitue un cofacteur capable de diminuer la quantité d’allergènes nécessaire à l’atteinte du seuil anaphylactique ou d’aggraver la sévérité, alors que chez l’adulte, les cofacteurs sont souvent combinés : prise d’alcool, de médicaments et effort physique par exemple. Concernant spécifiquement les cas d’anaphylaxie liés au soja, ils apparaissent souvent dans un contexte d’allergie préexistante aux légumineuses chez l’adolescent, alors que chez l’adulte ils sont fréquemment liés à une allergie au pollen de bouleau. Les auteurs soulignent également le fait que ces anaphylaxies sont imputables aux boissons au soja dans plus de 70 % des cas chez l’adulte et dans 37 % des cas chez l’adolescent.
En conclusion, ces résultats mettent en évidence des profils d’anaphylaxie alimentaire distincts selon l’âge, utiles pour guider le conseil diététique des patients allergiques ou atopiques souhaitant adopter un régime à dominante végétale.
WANNIANG, N. CODREANU-MOREL, F. POUESSEL, G. « et col. » Food-induced anaphylaxis to plant allergens in adolescents and adults: Data from the allergy Vigilance Network (2002–2024). World Allergy Organization Journal, 2026, 19, 101448, doi: 10.1016/j.waojou.2026.101448.