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Qualité de l’alimentation chez l’enfant : des inégalités sociales précoces

Brèves scientifiques
Publié le 26/10/2026
Publié le 26/10/2026
Temps de lecture : 3 minutes
CreditPhoto: Panumas

Une étude menée sur la cohorte française ELFE révèle que le contexte socio-économique et migratoire des deux parents façonne déjà l’alimentation des enfants à 2 ans, et même dès l’âge de 9 mois. Ces résultats appellent à des interventions nutritionnelles précoces, impliquant l’ensemble de la famille et ciblant en priorité les foyers les plus vulnérables.

Quels sont les facteurs sociaux et familiaux associés à l’alimentation des jeunes enfants ? Des chercheurs français ont étudié cette question à partir des données de la cohorte nationale ELFE (Étude Longitudinale Française depuis l’Enfance). Leur analyse a porté sur 12 696 enfants âgés de 2 ans, dont l’alimentation a été évaluée à l’aide d’un questionnaire de fréquence alimentaire renseigné par les parents. Les chercheurs ont identifié différents profils alimentaires puis recherché leurs associations avec de nombreuses caractéristiques familiales : niveau d’éducation et situation professionnelle des parents, revenus du foyer, statut migratoire, monoparentalité ou encore présence de frères et sœurs.

Deux principaux profils alimentaires ont été identifiés par les auteurs :

  1. le profil 1, « diversifié et équilibré », est caractérisé par des consommations plus importantes de féculents, pain, viande et œufs, poisson, fromage, légumes cuits et crus, fruits et compotes ;
  2. le profil 2, « moins favorable », est marqué par une consommation importante d’aliments sucrés et salés, (tout particulièrement les boissons sucrées, les frites et les viandes transformées) et une consommation basse de légumes cuits.

Les résultats mettent en évidence, dès l’âge de 2 ans, des différences dans les comportements alimentaires associées au contexte socio-économique. En effet, les enfants nés d’une mère ayant une position socio-économique défavorisée (faible niveau d’éducation, mère sans emploi, étudiante ou appartenant au quintile de revenu le plus faible), ayant déjà d’autres enfants ou vivant dans une famille monoparentale, présentent moins souvent un profil « diversifié et équilibré ». Ces enfants présentent également plus fréquemment un profil alimentaire de type « moins favorable », tout comme ceux dont la mère est immigrée.

Les associations observées vis-à-vis des pères étaient globalement similaires. Les auteurs soulignent néanmoins un effet moins marqué du statut socio-économique paternel sur l’alimentation et un impact plus important du statut migratoire paternel sur l’adoption d’un profil alimentaire « moins favorable ».

Dans une analyse complémentaire, les auteurs ont par ailleurs observé que ces inégalités alimentaires étaient déjà perceptibles dès l’âge de 9 mois, notamment concernant le profil caractérisé par une plus forte consommation d’aliments sucrés et salés. Ces résultats suggèrent que les différences de qualité alimentaire associées aux caractéristiques sociales des parents se mettent en place très tôt. Ils confirment que la période périnatale et les premières années de vie constituent une fenêtre particulièrement importante pour les interventions visant à réduire les inégalités nutritionnelles.

Selon les auteurs, ces résultats invitent à repenser les interventions de prévention nutritionnelle dès la grossesse et la petite enfance, en les élargissant aux deux parents et à la fratrie, et en les adaptant spécifiquement aux familles cumulant vulnérabilité économique, monoparentalité et histoire migratoire, plutôt qu’en misant sur la seule éducation nutritionnelle, insuffisante pour réduire ces inégalités.

LECORGUILLÉ, M. DESCARPENTRIE, A. PAVICIC, L. « et col. » Socio-ecological correlates of children’s dietin the first 2 years of life: influence of socio-economic position and migration background in a French birth cohort. Public Health Nutrition, 2026, 29, e136, p. 1-12 (doi: 10.1017/S136898002610281X).