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Teneur en matières grasses du lait et risque d’obésité chez l’enfant

Brèves scientifiques
Publié le 21/09/2026
Publié le 21/09/2026
Temps de lecture : 7 minutes
CreditPhoto: Prostock-studio

Une large étude de cohorte canadienne montre que la consommation de lait entier chez l’enfant, comparativement à celle de lait écrémé, est associée à un risque plus faible d’obésité.

En Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), les recommandations nutritionnelles orientent vers la consommation de produits laitiers allégés en matière grasse à partir de l’âge de 2 ans, en particulier dans l’objectif de réduire le risque d’obésité[1]. Une étude canadienne interroge la pertinence de cette recommandation en examinant les liens entre le type de lait consommé à 5 ans et les indicateurs d’adiposité et d’obésité à 5 ans (données transversales, n = 2 043), puis trois ans plus tard, à 8 ans (données longitudinales, n = 1 574). Les données sont issues de CHILD[2], une grande cohorte canadienne d’enfants nés entre 2009 et 2012.

Les auteurs mettent tout d’abord en avant le fait que, parmi les enfants consommateurs de lait de vache (92,4 % de l’échantillon), plus de 70 % consomment du lait demi-écrémé (teneur en matière grasse = 1 % ou 2 %), un quart consomme du lait entier à 3,25 % de matière grasse et moins de 5 % consomment du lait écrémé[3].

Les résultats transversaux montrent que, comparativement aux enfants qui consomment du lait écrémé, les consommateurs de lait entier présentent, à 5 ans, un IMC (indice de masse corporelle en Z-score) significativement plus bas, ainsi que 78 % moins de risque de se trouver en situation d’obésité (Rapport des cotes ou Odds-Ratio (OR) = 0,22 ; IC95% = [0,07 ; 0,67] ; P = 0,01).

Les données longitudinales confirment ces résultats transversaux. En effet, la consommation de lait entier à 5 ans (comparativement à celle de lait écrémé) est associée à des indicateurs d’adiposité et d’obésité améliorés à 8 ans,tout particulièrement :

  • un Z-score d’IMC plus bas ;
  • un ratio tour de taille sur taille diminué ;
  • une masse grasse réduite ;
  • un risque abaissé de présenter une obésité (OR = 0,31 ; IC95% = [0,12 ; 0,80] ; P = 0,02), notamment une obésité préclinique[4] (OR = 0,25 ; IC95% = [0,09 ; 0,70] ; P = 0,01).

Plusieurs hypothèses physiologiques sont avancées par les auteurs pour expliquer ces associations. La matière grasse laitière pourrait favoriser la satiété via ses composés bioactifs qui agiraient sur la sécrétion d’hormones telles que la cholécystokinine ou le GLP-1. Une autre hypothèse repose sur l’effet de la matrice laitière : la combinaison des micronutriments et macronutriments dans la structure physique des produits laitiers pourrait induire des effets métaboliques allant au-delà de ceux de chacun de leurs composants considérés isolément. Les auteurs évoquent également la possibilité d’un biais de causalité inverse pour expliquer ces associations : les parents d’enfants déjà en surpoids pourraient en effet être davantage enclins à choisir des produits allégés en matières grasses.

Pour conclure, les auteurs soulignent le fait que, si cette nouvelle étude ne permet pas d’établir de lien de causalité, elle s’ajoute à un ensemble croissant de travaux remettant en question l’intérêt de recommander systématiquement des produits laitiers allégés, plutôt qu’entiers, chez l’enfant de plus de 2 ans.

ZEITOUN, T. HAO CHEN, Z. BURGNER, D. « et col. » Milk fat intake, adiposity, and obesity in Canadian children: findings from the prospective Canadian CHILD Cohort Study. The American Journal of Clinical Nutrition, 2026, 123, 101186, doi: 10.1016/j.ajcnut.2025.101186.


[1] En France, les recommandations sont les suivantes : « avant 3 ans, les enfants ont des besoins importants en lipides et doivent donc consommer du lait entier, mais à partir de 4 ans le lait demi-écrémé convient tout à fait. » (Source : www.mangerbouger.fr).

[2] CHILD : Canadian Healthy Infant Longitudinal Development

[3] En France, le lait écrémé contient un maximum de 0,5 % de matière grasse, le lait demi-écrémé contient entre 1,5 et 1,8 % de matière grasse et le lait entier 3,5 % au minimum.

[4] L’obésité clinique est définie comme une maladie chronique, systémique, liée à un excès d’adiposité dans de nombreux organes et tissus dont les fonctions sont altérées. Les lésions des organes atteints sont à l’origine de complications graves, métaboliques (diabète), cardiovasculaires, vasculaires cérébrales, rénales, de cancers et d’une mortalité proportionnelle à la masse grasse. L’obésité « préclinique » correspond quant à elle à une adiposité excessive sans atteinte clinique, mais avec le risque d’évoluer vers l’obésité clinique et ses complications.