AccueilBrèves scientifiquesPopulationsRégimes restrictifs à l’adolescence : des risques majeurs pour la santé physique et mentale

Régimes restrictifs à l’adolescence : des risques majeurs pour la santé physique et mentale

Brèves scientifiques
Publié le 14/09/2026
Publié le 14/09/2026
Temps de lecture : 4 minutes
CreditPhoto: Brian Jackson

Les régimes restrictifs à l’adolescence sont associés à une hausse du risque de troubles du comportement alimentaire, de dépression ou encore de prise de poids à long terme. Dans une prise de position, la Société Canadienne de Pédiatrie appelle à privilégier une approche centrée sur les comportements de santé plutôt que sur la perte de poids.

Le suivi de régimes restrictifs est particulièrement courant à l’adolescence, alors même qu’il peut avoir de nombreux impacts délétères, tant sur la santé mentale que la santé physique de ces futurs adultes. La Société Canadienne de Pédiatrie publie une prise de position dans laquelle elle alerte sur les dangers des régimes restrictifs chez les adolescents.

Les auteurs rappellent tout d’abord qu’au Canada plus de la moitié des adolescents ont déjà tenté de perdre du poids avant la fin du collège, alors même que la majorité présente un poids considéré comme normal. Leurs motivations sont rarement centrées sur la santé : elles relèvent principalement d’une insatisfaction corporelle et de l’intériorisation d’idéaux de minceur ou de musculature véhiculés par les réseaux sociaux, les pairs, la famille ou encore certains discours de santé publique.

La prise de position met en lumière le fait que le terme « régime » recouvre des réalités très hétérogènes. Si certaines pratiques peuvent aller dans le sens des recommandations nutritionnelles, de nombreux comportements sont à risque pour la santé : jeûnes prolongés, sauts de repas ou encore restrictions sévères. Les auteurs soulignent particulièrement le danger des approches alimentaires qui catégorisent les aliments comme étant « bons » ou « mauvais ». Cette vision dichotomique de l’alimentation est associée à des perturbations des mécanismes internes de régulation de l’appétit et de la satiété et favorise l’apparition de troubles du comportement alimentaire (TCA).

Sur le plan physique, les conséquences néfastes des régimes restrictifs peuvent être très nombreuses à une période de la vie où les besoins nutritionnels sont élevés pour soutenir la croissance, la puberté ou encore la maturation cérébrale. Ces pratiques restrictives exposent les adolescents à des carences en fer, en calcium et autres micronutriments, à des troubles menstruels ou encore à une diminution de la densité osseuse. Par ailleurs, plusieurs études longitudinales montrent que les adolescents qui suivent des régimes deviennent des adultes plus à risque de prendre du poids.

Sur le plan psychologique, les effets sont tout aussi préoccupants. Le suivi de régimes est associé à une diminution de l’estime de soi, à une hausse des symptômes dépressifs et même des comportements suicidaires. Les auteurs soulignent également les impacts potentiels sur la santé cognitive : baisse de la capacité de concentration, de compréhension ou encore de jugement. Enfin, le lien avec les TCA est particulièrement fort : une étude prospective montre que les adolescents ayant recours aux régimes présentent un risque multiplié par 5 à 18 de développer une anorexie ou une boulimie.

La Société Canadienne de Pédiatrie plaide pour une approche « Health at Every Size » (« la Santé à tous les poids ») qui part du principe que :

  • le poids seul ne permet pas d’évaluer l’état de santé d’une personne ;
  • des individus peuvent présenter des profils métaboliques, cardiovasculaires ou psychologiques très différents à IMC identique ;
  • la prise en charge devrait privilégier les comportements favorables pour la santé, indépendamment du poids, plutôt que des objectifs de perte pondérale.

En pratique, cette approche consiste à :

  • promouvoir une alimentation variée, régulière dans le temps et non restrictive ;
  • encourager une activité physique pour le bien-être, le plaisir, la sociabilité et la santé globale plutôt que pour « brûler des calories » ;
  • viser à améliorer le sommeil, la santé mentale et les habitudes de vie ;
  • limiter la stigmatisation liée au poids dans les soins ;
  • éviter les messages centrés uniquement sur l’amaigrissement.

Pour conclure, cette prise de position de la Société Canadienne de Pédiatrie met en lumière le fait qu’à l’adolescence, la prévention de l’obésité et des TCA repose moins sur le strict contrôle du poids que sur la promotion d’un rapport apaisé au corps, à l’alimentation et à l’activité physique.

HARRISON, ME. VANDERMORRIS, A. VYVER, E. « et col. » The dangers of dieting in adolescence. Paediatrics & Child Health, 2026, 31, p. 258-265 (doi: 10.1093/pch/pxaf129).