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JFN 2025 – Inégalités sociales de santé : comment se construisent elles et quels leviers pour les réduire ? 

Brèves scientifiques
Publié le 12/01/2026
Modifié le 13/01/2026
Modifié le 13/01/2026
Temps de lecture : 11 minutes
CreditPhoto: Artvibe

Les Journées Francophones de Nutrition (JFN) se sont déroulées cette année à Lyon, du 10 au 12 décembre. Le thème des inégalités sociales était particulièrement présent dans les débats. Retour sur deux conférences ayant abordé spécifiquement cette thématique. 

Construction des inégalités sociales de santé de l’enfance à l’âge adulte 

Les inégalités sociales de santé sont définies comme des différences systématiques, évitables et injustes en santé qui peuvent être observées entre les populations ou entre les groupes sociaux au sein d’une même population. Ces inégalités sont classiquement mesurées par la position socioéconomique : niveau d’étude, catégorie socioprofessionnelle ou encore niveau de revenus. Lola Neufcourt (Toulouse) examine le rôle de la position socioéconomique dans les inégalités sociales de nutrition

La chercheuse introduit tout d’abord le fait que les inégalités sociales de santé sont omniprésentes au sein des populations et émergent dès le plus jeune âge. Elle insiste sur la notion de gradient social. En effet, les inégalités sociales de santé n’opposent pas les plus précaires au reste de la population : il existe un continuum qui suit la hiérarchie sociale. Par exemple, plus le niveau d’éducation diminue, plus la mortalité par cancer augmente. On peut aussi observer ce type de gradient social pour l’hypertension artérielle, l’incidence de diabète de type 2 ou encore l’indice de masse corporelle. 

Pour expliquer ces inégalités sociales, Lola Neufcourt liste trois grandes catégories de facteurs de risque qui font le lien entre la position socioéconomique et l’état de santé (cf. figure 1) : 

  • les expositions physicochimiques (par exemple, les personnes vivant dans les zones les plus défavorisées sont plus susceptibles d’être exposées à des fast-foods) ;
  • les expositions psychosociales (tensions organisationnelles au travail, absence de marge de manœuvre ou manque de reconnaissance par exemple) ;
  • les expositions comportementales : une position socioéconomique basse peut être associée par exemple à une moindre qualité de l’alimentation, à une pratique diminuée d’activités physiques, à un risque plus élevé de comportements sédentaires ou encore à un temps de sommeil plus court. Au total, la contribution des comportements de santé au gradient social de mortalité toutes causes s’élèverait à 20-25 %.

Pour illustrer comment l’enchaînement de ces déterminants, de l’enfance à l’âge adulte, va entraîner une incorporation biologique de l’environnement social, la chercheuse introduit la notion de charge allostatique qui est une mesure de l’usure physiologique globale. Chez les personnes les plus défavorisées, la réponse au stress est plus susceptible de s’altérer entraînant petit à petit une hausse progressive de leur charge allostatique (cf. situation C dans la figure 2). 

Aussi, au-delà d’une exposition différentielle aux facteurs de risque et aux facteurs protecteurs, il peut exister une susceptibilité différentielle à ces facteurs, en fonction de la position socioéconomique. Une étude récente montre par exemple que l’adoption d’un régime alimentaire sain exerce un effet protecteur plus important sur la pression artérielle dans les groupes sociaux favorisés, comparativement au reste de la population. Cette susceptibilité différentielle pourrait en partie s’expliquer par les écarts dans les niveaux d’usure physiologique décrits précédemment. 

Quelles pistes de solutions pour réduire les inégalités sociales de santé ? 

Sandrine Lioret (Paris) insiste quant à elle sur le caractère précoce des inégalités sociales de comportement. Elles sont en effet observées dès la première année de vie, pour des comportements tels que la pratique de l’allaitement maternel, l’âge de la diversification alimentaire ou encore l’exposition aux écrans. Ces comportements précoces se transforment tout au long de l’enfance en habitudes, contribuant ainsi à la construction d’inégalités sociales de santé. 

La chercheuse rappelle que la grossesse et la petite enfance sont des périodes critiques vis-à-vis du développement et de la santé ultérieure des individus, notamment la santé cardiométabolique à l’âge adulte. Le concept de l’origine développementale de la santé ou DOHad (Developmental Origins of Health and Disease) intègre le fait que ces périodes sont aussi des fenêtres d’opportunités pour intervenir, par des actions de santé publique, sur les comportements influant la balance énergétique : l’alimentation, l’activité physique, la sédentarité ou encore le sommeil. 

Sandrine Lioret met cependant en avant de nombreuses limites des programmes généraux d’éducation à la santé qui n’ont que peu d’impact sur les populations les plus défavorisées. La littérature scientifique montre même que ces programmes pourraient accroître les inégalités sociales de santé. En effet, de nombreuses barrières rendent difficile l’appropriation des messages généraux de santé publique par les populations souffrant le plus des inégalités sociales de santé : 

  • des barrières socioéconomiques, telles que des contraintes budgétaires ;
  • des barrières environnementales (accessibilité et disponibilité d’aliments de bonne qualité nutritionnelle) ;
  • et des barrières socioculturelles, telles que la littératie alimentaire ou encore certaines croyances.

Les programmes classiques d’aide alimentaire sont, quant à eux, des solutions d’urgence uniquement ; ils ne permettent pas de répondre à l’enjeu des inégalités sociales à l’échelle de la population. De nombreuses limites de ces programmes contribuent au fait que seulement un quart des personnes en insécurité alimentaire y ont recours : nombreuses contraintes administratives, difficultés pratiques d’accès, sentiment de honte ou de non-légitimité, ou encore un contenu de l’aide alimentaire peu adapté aux besoins nutritionnels du jeune enfant. 

La chercheuse met donc en lumière le besoin de développer de nouvelles interventions de santé publique adaptées pour atteindre plus efficacement les familles en situation de vulnérabilité sociale et renforcer le pouvoir d’agir de ces populations vis-à-vis de leurs comportements de santé. Elle décrit en particulier le programme MALIN dont les composantes et les outils ont été coconstruits, de façon participative, avec les destinataires. Ce programme est constitué d’un accompagnement nutritionnel adapté aux contraintes et respectueux des savoirs et spécificités des familles ciblées. Il permet aussi un accès facilité à des produits de bonne qualité nutritionnelle, à coût réduit, de façon à limiter les arbitrages budgétaires conduisant à des situations d’insécurité alimentaire. Dans le cadre de ce programme, l’essai contrôlé randomisé ECAIL a été mis en place pour évaluer les impacts, en particulier sur la santé des jeunes enfants (résultats à venir). 

En conclusion, Sandrine Lioret insiste sur l’importance, pour réduire les inégalités sociales de santé, de mettre en place des interventions transdisciplinaires, participatives, incluant la période des 1000 premiers jours et ayant pour ambition de renforcer le pouvoir d’agir vis-à-vis des comportements de santé et de toucher les deux générations : enfants et parents. 

Journées Francophones de la Nutrition, décembre 2025, Lyon