Aux Journées Francophones de Nutrition 2025, l’alimentation des étudiants a fait l’objet d’une session dédiée. Retour sur deux conférences apportant un éclairage complémentaire sur les pratiques alimentaires et les leviers d’intervention en milieu universitaire.
Etat des lieux sur l’alimentation des étudiants
En France, 2,9 millions d’étudiants sont inscrits dans l’enseignement supérieur. Lucile Marty (Dijon) rappelle que la période étudiante est une période d’autonomisation et de développement de l’identité qui s’accompagne souvent de bouleversements des modes de vie. Aussi, il s’agit d’une phase sensible vis-à-vis des comportements de santé.
La chercheuse insiste sur trois points :
- 9 % des étudiants français sont en situation d’obésité et 14 % sont en surpoids. Le phénomène « Freshman 15 », bien décrit en Amérique du Nord, met en évidence une hausse moyenne du poids corporel de 3,4 kg chez les étudiants lors de leur première année à l’université.
- L’entrée à l’université est aussi marquée par une diminution de la pratique de l’activité physique : en France, seulement 1/3 des étudiants pratiquent une activité physique plus d’une fois par semaine.
- Enfin, concernant l’insécurité alimentaire, une enquête nationale réalisée en 2023 met en lumière le fait que 30 % des étudiants estiment ne pas avoir assez de ressources pour couvrir leurs besoins et 22 % sautent souvent des repas pour des raisons de temps ou d’argent.
Même si les changements d’habitudes alimentaires des étudiants sont relativement peu documentés, les études transversales réalisées au niveau international mettent principalement en évidence, chez les étudiants :
- des faibles consommations de
- fruits et légumes ;
- poisson ;
- céréales complètes ;
- légumineuses ;
- fibres ;
- et des consommations élevées de :
- produits issus de la restauration rapide ;
- plats préparés ;
- aliments frits ;
- confiseries ;
- boissons sucrées ou énergisantes ;
- et produits carnés.
Lucile Marty présente ensuite trois études réalisées entre 2022 et 2024 dans un contexte français :
1- La première est une étude déclarative réalisée en ligne auprès de 582 étudiants. Elle montre qu’en moyenne seulement 57 % des recommandations nutritionnelles françaises sont respectées par cette population. Par ailleurs, trois typologies de mangeurs sont identifiées dans cette enquête :
- les étudiants ayant une alimentation de faible qualité nutritionnelle (40 % de l’échantillon) avec beaucoup de viande rouge, de produits de fast-food, de matières grasses et de produits sucrés ;
- ceux ayant une diète de type « frugale » (20 %), avec de plus faibles apports énergétiques journaliers ;
2- La deuxième étude a permis d’enregistrer, chez 94 étudiants, leurs approvisionnements alimentaires pendant un mois, grâce à une application. Il apparaît que les étudiants dépensent en moyenne 6 euros par jour pour leur alimentation : 64 % pour le domicile, 28 % pour la restauration commerciale et 8 % pour le CROUS. Les résultats montrent une qualité nutritionnelle dégradée en restauration commerciale, comparativement à celle du domicile ou encore celle du CROUS.
3- Enfin, dans la 3e étude, les plateaux de 257 étudiants ont été photographiés au restaurant universitaire pendant trois mois. Il en ressort globalement des consommations trop élevées de viande, en particulier de viande rouge, et trop faibles de fruits, fruits à coque, légumineuses et produits laitiers, par rapport aux recommandations. Par ailleurs, une fréquentation plus assidue du CROUS est associée à une meilleure qualité nutritionnelle des plateaux.
Quels impacts des études d’intervention ?
Alice Bellicha (Bobigny) examine plus particulièrement comment accompagner les étudiants vers l’adoption d’habitudes alimentaires plus favorables à la santé et durables. Elle fait tout d’abord un état des lieux des études d’intervention visant à améliorer la qualité de l’alimentation et/ou la sécurité alimentaire dans les établissements d’enseignement supérieur. Soixante-six interventions ont été retenues dans cette revue de littérature :
- 45 % sont des programmes éducatifs, majoritairement dispensés en présentiel et en format numérique. Quelques-uns de ces programmes sont des cours de cuisine, des incitations financières ou des actions de soutien par les pairs ;
- 44 % sont des modifications de l’environnement alimentaire du campus, principalement via des messages motivationnels (posters, etc.), des étiquetages nutritionnels, des stratégies de prix, des modifications de l’offre alimentaire ou du positionnement des aliments dans les restaurants ;
- 8 % sont des programmes d’aide alimentaire ;
- 3 % sont des interventions multiniveaux utilisant au moins deux des stratégies précédentes.
Pour 76 % de ces études, aucune approche participative n’est décrite. Les approches participatives décrites consistent pour la plupart en de simples consultations d’étudiants par les chercheurs avant la conception de l’intervention (10 %). Les étudiants ne sont que très rarement impliqués dans la conception (2 %), dans la mise en œuvre du projet (7 %) ou dans l’identification des problèmes à résoudre (5 %).
Alice Bellicha souligne le fait que l’efficacité de ces interventions reste mitigée. Par exemple, concernant l’évolution des ventes dans les restaurants universitaires, 57 % des interventions participatives montrent une efficacité vs 35 % pour les non participatives. La chercheuse met en avant un essai contrôlé de 4 semaines, réalisé en France, qui a consisté à doubler la part de plats végétariens proposés en restaurant universitaire, sans communication auprès des étudiants. Cette intervention a permis de doubler le taux de prise de plats végétariens, avec seulement 6 % des étudiants ayant remarqué des changements.
Pour finir, Alice Bellicha rapporte les résultats des conventions citoyennes étudiantes sur l’alimentation et l’activité physique. Concrètement, les principales propositions formulées par les étudiants pour améliorer leur environnement alimentaire à l’université consistent en des interventions structurelles visant à :
- favoriser les produits locaux et de saison ;
- augmenter l’offre de plats végétariens ;
- réduire le gaspillage alimentaire ;
- améliorer l’étiquetage nutritionnel et/ou sur l’origine des produits ;
- et enfin, mener des campagnes de sensibilisation aux enjeux de l’alimentation.
Journées Francophones de Nutrition, décembre 2025, Lyon