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Santé intestinale : de quoi parle-t-on vraiment ?

Brèves scientifiques
Publié le 18/05/2026
Publié le 18/05/2026
Temps de lecture : 4 minutes
CreditPhoto: New Africa

Un groupe d’experts internationaux propose une définition consensuelle de la santé intestinale qui associe l’expérience subjective de l’activité gastro-intestinale par l’individu à des mesures objectives de six domaines fonctionnels.

L’expression « santé intestinale » (gut health) s’estlargement diffusée dans les discours scientifiques, cliniques et grand public, sans pour autant faire l’objet d’une définition consensuelle. Dans un article récent, un groupe d’experts internationaux propose, sous la bannière de l’ISAPP (International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics), une définition de ce concept complexe.

Les experts définissent la santé intestinale comme « un état de fonctionnement gastro-intestinal normal, sans maladie gastro-intestinale active ni symptôme associé à l’intestin affectant la qualité de vie ». Cette définition englobe l’ensemble du tractus gastro-intestinal, incluant les fonctions de la bouche, du pharynx, de l’œsophage, de l’estomac, de l’intestin grêle, du côlon, du rectum et de l’anus. Il est important de noter que la définition repose sur l’absence de maladie active, et non sur l’absence de maladie en soi. Ainsi, une personne peut présenter un diagnostic, par exemple de maladie cœliaque ou de maladie inflammatoire chronique de l’intestin, sans que cela n’exclue la possibilité d’une bonne santé intestinale lors de périodes de rémission complète.

Cette définition de la santé intestinale repose sur six domaines fonctionnels interdépendants (cf. figure 1) :

  1. la digestion : dégradation enzymatique des nutriments et absorption intestinale ;
  2. le microbiome : production de métabolites modulant la barrière, l’immunité et le mucus ;
  3. la barrière intestinale : régulation de la perméabilité et protection épithéliale ;
  4. l’immunité : maintien de l’équilibre entre tolérance et réponse immunitaire ;
  5. la fonction endocrine : sécrétions hormonales régulant la digestion et le métabolisme ;
  6. l’axe intestin-cerveau : communication bidirectionnelle influençant les fonctions digestives et cérébrales.

Ces systèmes interagissent en permanence pour maintenir l’homéostasie, rendant difficile l’attribution d’un symptôme ou d’un effet à un seul mécanisme.

À cette complexité physiologique s’ajoute l’influence de nombreux déterminants, à la fois intrinsèques et environnementaux (cf. figure 2). Les auteurs soulignent donc que la santé intestinale d’un individu ne peut être comprise indépendamment de son mode de vie et du contexte global.

Un autre enjeu majeur réside dans la méthode de mesure. À ce jour, il n’existe en effet pas d’indicateur unique, validé et reproductible permettant d’évaluer la santé intestinale. Les études utilisent des critères hétérogènes (composition du microbiote, symptômes digestifs, marqueurs biologiques, etc.) limitant la comparabilité des résultats entre ces études. De plus, de nombreux outils disponibles présentent des limites méthodologiques ou une pertinence clinique limitée.

En conclusion, la santé intestinale apparaît comme un concept intégratif, à la croisée de la physiologie digestive, de l’immunité, du métabolisme et des interactions neurobiologiques. Sa compréhension nécessite une approche systémique et multidisciplinaire. Le développement de biomarqueurs robustes et de critères standardisés constitue un enjeu clé pour améliorer la recherche et la pratique clinique.

MARCO, ML. CUNNINGHAM, M. BISCHOFF, SC. « et col. » The International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics (ISAPP) consensus statement on the definition and scope of gut health. Nature Reviews Gastroenterology & Hepatology, 2026, doi: 10.1038/s41575-026-01176-x.