Un régime d’éviction des protéines de lait de vache chez les mères allaitant un nourrisson souffrant d’APLV peut entraîner des déséquilibres nutritionnels importants[i]. Une prise en charge mère-enfant s’avère indispensable pour préserver la bonne santé du bébé et de sa maman.
La prise en charge des allergies aux protéines de lait de vache (APLV) des nourrissons peut nécessiter la mise en place d’un régime d’éviction des protéines de lait de vache chez les mères allaitantes[i]. L’impact de cette éviction sur la santé maternelle reste peu étudié et insuffisamment pris en compte. Une étude prospective de cohorte, menée chez 86 mères allaitantes et suivant ce type de régime d’éviction, examine leur statut nutritionnel avant et un mois après une consultation diététique. Dans cette consultation, il leur était prescrit une diète de 2 000 kcal en moyenne, additionnée de 1 000 mg/j de calcium et 400 UI/j de vitamine D. Près de 55 % des nourrissons, âgés en moyenne de 3,8 mois, présentaient seulement une APLV alors que les autres étaient multi-allergiques.
Les auteurs mettent tout d’abord en avant le fait que les participantes présentaient, avant la consultation diététique, des apports bas en énergie, en macronutriments et en micronutriments. En effet, les apports énergétiques moyens ne dépassaient pas 1 500 kcal/j et ceux en calcium n’atteignaient pas 950 mg/j (qui représente, la référence nutritionnelle pour cette population des femmes allaitantes).
De façon inattendue, un mois après la prescription d’une diète à 2 000 kcal, les auteurs relèvent une diminution des apports énergétiques totaux, ainsi que des apports en lipides et en protéines. Les apports en calcium ont par contre significativement augmenté chez les participantes en fin d’étude, atteignant en moyenne plus de 1 300 mg/j. Ces modifications s’accompagnent d’une diminution du taux de masse grasse, sans changement significatif de la masse musculaire. Ce lien est cohérent avec les mécanismes physiologiques connus : un apport insuffisant en calcium stimule en effet la production de calcitriol, favorisant ainsi la lipogenèse et inhibant la lipolyse. À l’inverse, un apport adéquat en calcium pourrait limiter l’adiposité.
Ces données rappellent que la prise en charge de l’APLV chez les nourrissons ne doit pas se limiter à l’enfant, mais intégrer pleinement la santé maternelle. En effet, un régime d’éviction des protéines de lait de vache chez les mères allaitantes peut entraîner des déséquilibres nutritionnels importants. Cette étude plaide en faveur d’un suivi régulier par un diététicien pour les accompagner dans la durée, favoriser l’adhésion aux recommandations et maximiser les bénéfices attendus.
DEMIR, A. TAN, H. HACI, IA. « et col. » Cow’s milk protein allergy damages not only the baby’s health but also the mother’s health. Allergologia Et Immunopathologia, 2026, 54, 2, p. 22-27 (doi: 10.15586/aei.v54i2.1361).
[i] Il convient de rappeler qu’en France et en Europe, les recommandations n’encouragent pas l’éviction préventive des protéines de lait de vache chez la femme allaitante. Un régime d’exclusion ne doit être instauré qu’en cas de diagnostic clinique avéré d’APLV via le lait maternel, afin d’éviter des restrictions inutiles et potentiellement délétères.