Encore sous-diagnostiqué, le diabète sarcopénique nécessite une meilleure identification en routine clinique. Un dépistage systématique et une prise en charge basée sur l’alimentation et l’activité physique sont essentiels pour en limiter les conséquences.
Le diabète sarcopénique correspond à la coexistence d’un diabète (principalement de type 2) et d’une sarcopénie qui correspond à une perte à la fois de la masse et de la fonction musculaires. Dans un article récent, l’ESPEN (European Society for Clinical Nutrition and Metabolism) et le groupe de travail européen DNSG (Diabetes Nutrition Study Group) plaident pour une meilleure reconnaissance de cette entité clinique encore peu reconnue, malgré le fait qu’elle soit associée à un pronostic défavorable (hausse des risques de complications cardiovasculaires, ostéoporose, handicap ou encore mortalité). En effet, même si sa prévalence est estimée autour de 25-30 % chez les patients diabétiques, le diabète sarcopénique reste largement sous-diagnostiqué, en partie masqué par la fréquence élevée du surpoids et de l’obésité.
La figure 1 met en évidence que plusieurs paramètres sont susceptibles de favoriser le développement d’une sarcopénie chez le patient diabétique : style de vie sédentaire, alimentation de mauvaise qualité, comorbidités ou encore traitements médicamenteux de l’obésité. Cependant, les auteurs insistent sur le fait que les interactions entre le diabète et la sarcopénie sont bien bidirectionnelles. L’insulinorésistance, l’inflammation chronique et l’hyperglycémie favorisent le catabolisme musculaire, notamment via le stress oxydatif et les produits de glycation avancée. En retour, la diminution de la masse musculaire réduit la captation du glucose, aggravant le déséquilibre glycémique et entretenant, ainsi, un cercle vicieux.

L’ESPEN et le DNSG considèrent que la prévention et la prise en charge de la sarcopénie devraient constituer un objectif clinique majeur chez les patients diabétiques, en particulier :
- en présence de signes de déclin musculaire ;
- en présence de facteurs de risque tels que l’âge, la sédentarité, un contrôle glycémique insuffisant ou encore des comorbidités ;
- dans le cadre de stratégies de perte de poids (mesures hygiéno-diététiques, traitements médicamenteux ou chirurgie bariatrique).
La prévention et la prise en charge reposent principalement sur le suivi d’une alimentation équilibrée et la pratique d’une activité physique adaptée (cf. figure 2). Les auteurs insistent tout particulièrement sur la nécessité de garantir un apport adéquat en protéines de haute qualité pour maintenir ou améliorer l’anabolisme musculaire, ainsi qu’en micronutriments (vitamine D en particulier). Ils recommandent également de privilégier les glucides à index glycémique bas et de prendre soin d’avoir un apport adéquat en fibres (35 g/j). Concernant l’activité physique, le renforcement musculaire constitue, en présence de sarcopénie, le traitement de première intention, notamment chez les patients âgés.

En conclusion, cet article met en évidence l’importance d’intégrer de manière routinière dans la pratique clinique, chez les patients diabétiques, le diagnostic du diabète sarcopénique, avec une évaluation fonctionnelle musculaire systématique (par exemple, la force de préhension de la main) et une mesure régulière de la composition corporelle.
BARAZZONI, R. SIEVENPIPER, JL. GENTON, L. « et col. » Sarcopenic diabetes is an under-recognized and unmet clinical priority. A call for action from the European Society for Clinical Nutrition and Metabolism and the Diabetes Nutrition Study Group. Clinical Nutrition, 2025, 55, p. 208-218, doi: 10.1016/j.clnu.2025.10.007.