Pour prévenir le risque de carence en iode légère à modérée chez les femmes enceintes et allaitantes, de nouvelles recommandations françaises préconisent une supplémentation systématique en iode de 150 µg/j, sans dosage biologique préalable.
Si la France n’est plus considérée comme un pays à risque de carence iodée sévère, des déficits légers à modérés persistent, en particulier chez les femmes enceintes et allaitantes. Des experts, membres de la Société Française d’Endocrinologie (SFE), de la Société Française d’Endocrinologie et Diabétologie Pédiatrique (SFEDP) et de la Société Française de Nutrition (SFN) ont réalisé une revue de la littérature scientifique française et internationale, dans l’objectif d’élaborer des recommandations visant à prévenir la carence iodée légère à modérée pendant la grossesse et l’allaitement en France.
Les auteurs des recommandations rappellent tout d’abord que la grossesse augmente les besoins en iode, notamment en raison de l’augmentation de la synthèse des hormones thyroïdiennes maternelles, de l’accroissement de l’élimination rénale de l’iode et du transfert d’iode vers le fœtus. En effet, au cours du premier trimestre, le fœtus dépend entièrement des hormones thyroïdiennes de sa mère, sa propre thyroïde ne devenant pleinement fonctionnelle qu’entre 18 et 20 semaines d’aménorrhée. Les besoins en iode sont ainsi estimés à 200–250 µg/j pendant la grossesse et à 250 µg/j pendant l’allaitement. Or, dans l’étude française INCA3, l’apport médian en iode était de 117,9 µg/j chez les femmes âgées de 18 à 44 ans, et 43 % d’entre elles avaient des apports alimentaires en iode insuffisants. Les auteurs soulignent le fait que le sel iodé (environ 40 µg/j au maximum) et les compléments alimentaires consommés dans INCA 3 ne suffisaient pas à combler l’écart avec les recommandations.
Cette carence en iode légère à modérée peut avoir des conséquences sur la fonction thyroïdienne maternelle. Les données concernant les potentielles complications obstétricales associées sont plus incertaines : si certaines études rapportent des associations avec la prééclampsie, la prématurité ou le faible poids de naissance, d’autres ne retrouvent pas ces liens. Enfin, plusieurs études d’observation associent un statut iodé maternel insuffisant à certains indicateurs du neurodéveloppement de l’enfant : une carence en iode légère à modérée pendant la grossesse serait par exemple associée à une diminution moyenne de 3 points de QI chez l’enfant.
Au regard de l’ensemble des données disponibles, les experts recommandent une supplémentation systématique en iode aux femmes enceintes, allaitantes, ainsi qu’à celles ayant un projet de grossesse. La dose recommandée est de 150 µg/j sous forme d’iodure de potassium. Cette supplémentation devrait idéalement débuter trois mois avant la conception, puis être poursuivie pendant toute la grossesse et l’allaitement. Les experts soulignent le fait qu’aucun dosage biologique préalable n’est recommandé. En effet, l’iodurie reflète les apports récents mais présente une variabilité importante à l’échelle individuelle et ne permet pas d’évaluer de façon fiable le statut iodé d’une femme enceinte.
Si les auteurs des recommandations soulignent qu’une attention particulière doit être portée aux femmes végétariennes et surtout végétaliennes, ils signalent également que la supplémentation n’est pas indiquée en cas de traitement pour hypothyroïdie ou hyperthyroïdie ni lorsque les apports en iode sont déjà élevés (par exemple en cas de consommation importante d’algues ou de traitement par amiodarone, un médicament souvent utilisé en cas de troubles du rythme cardiaque). L’apport total en iode ne doit en effet pas dépasser 600 µg/j, seuil supérieur de sécurité retenu dans ces recommandations.
Pour conclure, les experts présentent les résultats de simulations effectuées sur la base des données de l’étude INCA3, indiquant qu’une supplémentation en iode de 150 µg/j permettrait de prévenir une carence en iode légère à modérée chez deux tiers des femmes en âge de procréer, sans dépasser la limite supérieure de sécurité.
CARON, P. STOUPA, A. MEGIER, C. « et col. » Recommendations for prevention of iodine deficiency during pregnancy and breastfeeding in France. Annales d’endocrinologie, 2026, 87, 102580, doi: 10.1016/j.ando.2026.102580.