AccueilBrèves scientifiquesPopulationsComportementsEndométriose, symptômes et alimentation : que sait-on vraiment ?

Endométriose, symptômes et alimentation : que sait-on vraiment ?

Brèves scientifiques
Publié le 23/03/2026
Publié le 23/03/2026
Temps de lecture : 8 minutes
CreditPhoto: Pixel-Shot

L’endométriose pousse souvent les patientes vers des régimes restrictifs pour soulager leurs symptômes. Cette revue fait le point sur les preuves scientifiques et souligne le rôle essentiel du diététicien dans un accompagnement sûr et individualisé.

L’endométriose est une maladie inflammatoire chronique œstrogéno-dépendante qui touche environ 10 à 15 % des femmes en âge de procréer. Longtemps considérée comme une pathologie exclusivement gynécologique, elle est aujourd’hui reconnue comme une affection systémique, fréquemment associée à des douleurs chroniques, des troubles digestifs, une fatigue persistante et une altération marquée de la qualité de vie. Plusieurs types de régimes alimentaires restrictifs sont souvent suivis par des patientes dans un objectif de réduction des symptômes, et ce, souvent en l’absence de tout encadrement professionnel. Une revue de littérature fait le point sur l’état actuel des connaissances scientifiques concernant le rôle que peut jouer l’alimentation sur l’endométriose et ses symptômes.

Il apparaît que les trois principaux types de régimes restrictifs suivis par les femmes atteintes d’endométriose sont :

  • le régime sans gluten, les raisons étant que le gluten est couramment perçu comme pro-inflammatoire et déclencheur de symptômes digestifs ;
  • le régime sans produits laitiers, en raison de leur effet supposé sur les concentrations circulantes d’œstrogènes ou en raison de leur teneur en acides gras saturés qui sont fréquemment perçus comme favorisant l’inflammation systémique ;
  • les régimes dits « anti-inflammatoires » qui peuvent regrouper de multiples pratiques restrictives dans un objectif de réduction de l’inflammation : céréales raffinées, sucres, viandes, etc.

La revue de littérature met en lumière le fait que, si le suivi de ces types de régimes dans le cadre de l’endométriose peut parfois reposer sur des hypothèses physiopathologiques plausibles, les bénéfices rapportés sont le plus souvent subjectifs, non spécifiques et potentiellement liés à des facteurs de confusion. A ce jour, par exemple,aucun essai contrôlé randomisé n’a démontré que l’exclusion des produits laitiers pouvait entraîner une réduction significative et durable de la douleur ou d’autres symptômes liés à l’endométriose. Aussi, en l’absence de preuves solides, la prescription de tels régimes restrictifs ne peut être recommandée et doit être abordée avec prudence, notamment en raison des potentiels risques associés, qu’ils soient d’ordre nutritionnel (par exemple liés à l’apport en fibres ou en vitamines B dans le cas du régime sans gluten ou à l’apport en calcium et en vitamine D pour le régime sans produits laitiers) ou psychologique (anxiété alimentaire, hausse du risque de perturbation des comportements alimentaires, etc.).

A contrario, les modèles alimentaires globaux tels que le régime méditerranéen ou le régime DASH[1] reposent sur des données solides et peuvent offrir des bénéfices indirects sur l’inflammation systémique, la santé cardiométabolique et le bien-être général, bien que les données spécifiques à l’endométriose restent limitées. Aussi, s’ils ne peuvent pas être considérés comme des traitements spécifiques de l’endométriose, ces modèles alimentaires sont compatibles avec les enjeux nutritionnels, métaboliques et psychologiques auxquels sont confrontées les patientes.

Pour finir, l’auteure de la revue de littérature indique que les données épidémiologiques révèlent une coexistence fréquente de l’endométriose et du syndrome de l’intestin irritable. Aussi, chez certaines patientes atteintes d’endométriose et présentant des symptômes évocateurs d’un syndrome de l’intestin irritable, des interventions nutritionnelles ciblées, notamment l’alimentation pauvre en FODMAP, peuvent être proposées, à condition qu’elles soient mises en œuvre sur une durée limitée, de manière personnalisée et sous encadrement professionnel.

En conclusion, cette revue met en évidence la complexité du lien entre l’endométriose et l’alimentation. Si aujourd’hui aucun régime alimentaire ne peut être considéré comme un traitement spécifique de l’endométriose, l’auteure souligne le rôle essentiel du diététicien dans l’accompagnement des femmes atteintes d’endométriose, ainsi que le besoin de mettre en place des études de haute qualité, en particulier pour mieux identifier les sous-groupes les plus susceptibles de bénéficier d’interventions nutritionnelles ciblées.


[1] DASH : Dietary Approaches to Stop Hypertension : modèle alimentaire basé sur une consommation élevée de fruits, légumes, céréales complètes et produits laitiers pauvres en matières grasses, ainsi qu’une réduction du sel et des graisses saturées, initialement conçu pour prévenir et traiter l’hypertension artérielle.

BARAUT, MC. » Nutrition and endometriosis: Evidence, limits and clinical perspectives. Clinical Nutrition ESPEN, 2026, 72, 102954, doi: 10.1016/j.clnesp.2026.102954.