Selon une étude de cohorte suédoise, une consommation plus élevée de certains produits laitiers riches en matières grasses, en particulier les fromages et la crème, pourrait être associée à une diminution du risque de démence.
Quels sont les liens entre la consommation de produits laitiers et le risque à long terme de démence ? Une équipe de recherche suédoise examine cette question dans le cadre d’une grande étude prospective de cohorte initiée en 1991. Concrètement, plus de 27 000 adultes (de 58 ans de moyenne d’âge à l’inclusion) ont été suivis pendant une durée médiane de 25 ans, au cours de laquelle 3 208 cas de démence ont été enregistrés. Les auteurs ont étudié les associations entre le risque d’apparition d’une démence et la consommation de produits laitiers, en distinguant les produits laitiers riches et pauvres en matières grasses. Les seuils de matières grasses utilisés pour différencier les produits laitiers de chaque catégorie étaient les suivants :
- 2,5 % pour le lait et les laits fermentés,
- 20 % pour les fromages,
- et 30 % pour la crème.
Les résultats montrent que les participants ayant la consommation la plus élevée (≥ 50 g/j) de fromages à haute teneur en matières grasses (> 20 %) présentent une réduction significative du risque de développer une démence, quelle que soit sa cause, comparativement aux plus faibles consommateurs (< 15 g/j) (Rapport de risque ou Hazard Ratio HR = 0,87 ; IC95% = [0.78 ; 0.97]). Si l’on s’intéresse plus spécifiquement au risque de démence vasculaire (perte de la fonction cognitive due à la destruction du tissu cérébral, souvent liée à un accident vasculaire cérébral), ces mêmes forts consommateurs de fromages riches en matières grasses présentent un risque diminué de 29 %. Concernant la maladie d’Alzheimer, l’augmentation de la consommation de fromages riches en matières grasses est également associée à une réduction du risque, mais uniquement dans la sous-catégorie des participants non porteurs de l’allèle APOE-ε4[1] : HR = 0,87 ; IC95% = [0.76 ; 0.99].
Les chercheurs ont également mis en évidence des liens entre la consommation de crème à haute teneur en matières grasses (> 30 %) et le risque de démence : les participants ayant une consommation supérieure ou égale à 20 g/j présentent un risque de démence toutes causes confondues diminué de 16 %, comparativement aux non-consommateurs. L’augmentation de la consommation de crème riche en matières grasses est particulièrement associée à la diminution du risque de démence vasculaire, ainsi que de maladie d’Alzheimer.
Concernant les autres produits laitiers considérés dans cette étude (lait et laits fermentés quelle que soit la teneur en matières grasses, beurre, fromages et crème pauvres en matières grasses), aucune association significative avec le risque global de démence n’a été révélée. Les auteurs font l’hypothèse que les variations observées entre les produits laitiers à teneurs élevées et faibles en matières grasses pourraient s’expliquer par les différences de teneurs en lipides, en autres nutriments (par exemple la vitamine K2) ou encore dans la matrice alimentaire.
Pour conclure, cette étude de cohorte suédoise de grande envergure suggère que les consommations de fromages (à plus de 20 % de matières grasses) et de crème (à plus de 30 % de matières grasses) pourraient jouer un rôle protecteur vis-à-vis du risque de démence. Les auteurs soulignent que les sources alimentaires spécifiques des lipides pourraient être plus déterminantes que leur quantité globale dans l’alimentation, dans l’influence du risque de maladies chroniques. A noter cependant que le caractère observationnel de cette étude ne permet pas d’établir des relations causales.
[1] L’allèle ε4 du gène APOE est le principal facteur de risque génétique de la maladie d’Alzheimer sporadique.
DU, Y. BORNE, Y. SAMUELSSON, J. « et col. » High- and low-fat dairy consumption and long-term risk of dementia. Evidence from a 25-year prospective cohort study. Neurology, 2026, 106:e214343, doi: 10.1212/WNL.0000000000214343.