Les joueurs de jeux vidéo peuvent présenter des perturbations sur le plan de l’activité physique, de l’alimentation ou encore du sommeil, favorisant le risque métabolique à long terme. Un usage modéré peut néanmoins présenter des bénéfices pour la santé, notamment sur le plan psychosocial.
L’essor global du jeu vidéo, avec plus de trois milliards d’utilisateurs estimés à travers le monde, en fait aujourd’hui un déterminant comportemental majeur de santé publique. Une revue de littérature examine l’ensemble des travaux scientifiques des cinq dernières années, menés dans des populations de tous âges, afin de faire le point sur les associations pouvant exister entre la pratique des jeux vidéo et les comportements de santé : aspects psychosociaux, activité physique, alimentation et sommeil.
Les auteurs mettent tout d’abord en avant le fait que la relation entre la pratique des jeux vidéo et le stress psychosocial peut être bidirectionnelle. En effet, si le jeu vidéo peut réduire le stress et améliorer l’humeur à court terme, notamment via des mécanismes d’immersion et de distraction, un usage trop fréquent peut devenir inadapté et être associé à un stress accru. Ces effets sont aussi susceptibles de varier en fonction des caractéristiques des utilisateurs, du type de jeux ou encore du contexte social. Les auteurs soulignent par exemple que les jeux compétitifs sont plus générateurs de stress que les jeux de type coopératif, ces derniers étant par ailleurs associés à un renforcement de la connexion sociale ainsi qu’à des émotions positives.
La pratique du jeu vidéo est majoritairement sédentaire et le lien entre l’augmentation de cette pratique et la diminution de l’activité physique est bien établi dans la littérature scientifique. Les auteurs expliquent cette relation par le fait que le temps dédié aux jeux vidéo remplace celui qui aurait pu être consacré aux activités physiques, mais aussi par des facteurs psychologiques comme une baisse de la motivation, une fatigue accrue ou encore une moindre confiance en sa capacité à pratiquer une activité physique. Les jeux actifs (ou exergames) peuvent améliorer certains paramètres physiques, mais leurs bénéfices restent souvent limités en raison d’une adhésion décroissante dans le temps.
Sur le plan nutritionnel, l’immersion cognitive induite par les jeux vidéo favorise le mindless eating (alimentation sans attention), avec une moindre perception de la satiété, une altération de la mémoire des repas et une augmentation des prises alimentaires. Des études expérimentales montrent ainsi une hausse significative des apports énergétiques après une session de jeu, indépendamment de la faim ressentie. À cela s’ajoutent des modifications des rythmes alimentaires : sauts de repas, grignotage ou encore prises alimentaires nocturnes. Les auteurs soulignent le fait que les profils alimentaires des joueurs réguliers se caractérisent par une faible consommation de fruits et légumes et des apports élevés en produits sucrés (notamment en raison des boissons sucrées). L’environnement des joueurs, en particulier le marketing alimentaire intégré aux jeux vidéo, contribue à ces comportements.
Enfin, le fait de jouer à des jeux vidéo, surtout le soir, est associé à une altération de la qualité du sommeil via des mécanismes physiologiques (exposition à la lumière bleue qui interfère avec la sécrétion de mélatonine) et psychologiques (excitation cognitive et émotionnelle induite par le jeu). Les données montrent un retard à l’endormissement, une réduction de la durée ou encore de l’efficacité du sommeil.
En conclusion, les auteurs mettent en lumière le fait que, si une pratique modérée des jeux vidéo peut présenter des bénéfices en particulier sur le plan psychosocial, la combinaison des perturbations des différents comportements (alimentation, activité physique, sommeil) peut augmenter le risque métabolique à long terme. Ils soulignent par ailleurs l’importance de mettre en place de nouvelles études, notamment dans la population des seniors, chez qui la pratique des jeux vidéo pourrait présenter des avantages, principalement pour la santé mentale.
DERIC S. KAEWPRADUP, T. ADISAKWATTANA, S. « et col. » A critical appraisal of the links between video gaming, lifestyle factors, diet and eating behaviour: a narrative review. Nutriens, 2026, 18, 967, doi: 10.3390/nu18060967.